Se retrouver, se regarder, te haïr plus que t'aimer dans ce souvenir d'été || Mihael (reprise)
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Emraskia I. Karzavosky
"Y a pas à dire, la vie en sauce bolognaise, y a que ça de vrai." ▌ FLEURS ENREGISTREES: 17 ▌ INSCRIT(E) LE: 05/02/2012 ▌ ÂGE: 18
It's showtime, let's Rock! ▌ POUVOIR: Vecteur. ▌ DE QUEL CÔTE?: Indécis ▌ RELATIONS:
Posté Mer 8 Fév - 22:36
D’aussi loin que je me souvienne, le soleil a toujours été une source de chaleur et de beauté principale à ma vie. D’aussi loin que remonte ma mémoire, j’aimais m’étendre sur la pelouse humide de notre jardin. D’aussi loin que mes larmes furent refoulées, j’ai voulu oublier cette souffrance ignoble que d’être abandonné, délaissée, achevée à son triste sort, sans une épaule pour pleurer. Quand cet rêve éternel, apaisant et délicat prendra-t-il fin ? Silhouette innommable, souvenir haineux, tristesse délicate, souffrance inconditionnelle. Qu’est-ce que j’ai envie de te botter le cul, bordel.
Mes paupières s’ouvrirent brusquement, mes yeux encore drapés d’un lourd sommeil de plomb fixèrent sans regarder le plafond baigné d’une douce lueur orangée. Une brise glaciale me fit frissonner dans mes couvertures, je me suis recroquevillée dans mon petit coin chaud, sans pour autant retrouver un sommeil décent ni même la chaleur de mon lit. Soupirant d’exaspération à l’idée de me lever, j’ai rampé jusqu’au bord du lit, toute engourdie d’avoir si peu dormi. Il était quelle heure ? Un autre frisson parcourut mon échine tandis que je m’élançais vers la porte-fenêtre entrouverte afin de fixer le jour naissant tout comme la brume lourde d’humidité cachant le sol herbeux quelques mètre sous ma chambre.
Un grommellement s’échappa de mes lèvres bleuies par le froid. Je haïssais l’hiver en tout point ! Pourquoi cette stupide saison existait-elle ?! Quel est l’idiot qui a inventé le froid, la pluie et surtout la neige ? C’est à n’y rien comprendre, même le vent me paraissait détestable en cette période. Devoir restée enfermée à l’intérieur, sans moyen de courir ou même de voir un peu de verdure me rendait folle. Côtoyer cette famille, ces prétendus frères et sœurs à longueur de journée, grignotait ma patience au point que je rongeais ma table de chevet.
Un soupir se fit entendre dans la chambre, suivit d’un bâillement sonore peu digne d’une noble, mais qu’est-ce que je m’en contrefichais ! J’avais passé une mauvaise nuit, à faire un rêve vraiment nuisible, et je me réveillais sous un ciel grisâtre alors ce n’était vraiment pas le moment de m’ennuyer avec de stupides règles de bienséance ! Me retournant avec un peu plus de vivacité, je me mis à marcher vers mon armoire pour m’habiller d’horribles vêtements chauds. Depuis plusieurs jours que je n’étais pas allée en ville, ou bien au-delà du jardin de la famille Karzavosky, aujourd’hui, j’allais enfin dépasser ces grandes portes noires pour me rendre au marché, afin de faire réparer un collier de perles acheté la semaine dernière. Je voyais tout de même un point optimiste dans mon réveil prématuré ; il y aurait moins de monde dans la rue commerçante et je n’aurais pas besoin d’attendre des heures avant que les acheteurs potentiels partent. Un autre frisson mais cette fois-ci d’angoisse parcouru mon dos tandis que j’enfilais une tenue d’hiver qui pourtant – car j’avais fortement insisté sur ce point – ressemblait à une robe de début printemps. L’idée de devoir me mêler à tant de gens me révulsait, toujours à cause de cette agoraphobie détestée. Enfin, on ne peut pas tout avoir…Je me dirigeais vers la porte, le collier cassé dans une de mes poches, et trébucha maladroitement sur la panthère noire qui feula à cause de son réveil prématuré. Oui bah t’avait qu’à pas te mettre en travers de la porte aussi ! Hydrachkya se leva nonchalamment pour bondir sur le lit désormais libre et s’allonger de tout son long sur celui-ci…Saleté de chat.
Une heure plus tard.
La rue commerçante ne semblait pas bonder comme en mi-journée. En cette matinée, les boutiques étaient toutes ouvertes et une certaine attente se faisait à chacune, mais le bruit paraissait avoir baissé, l’on n’entendait plus les disputes et je ne parle même pas de l’espace vital entre chaque personne devenu plus étendu qu’à l’ordinaire. Un soupir de soulagement sortit d’entre mes lèvres redevenues roses, ma peau basanée restant tout de même dans ces tons de craie communs à l’hiver. Dans une ruelle croisant la rue commerçante, je restais adossée au mur, le cœur serré de devoir ainsi faire face à tant de monde. Qu’est-ce que se serait si c’était bouché de partout ?! Franchement Emraskia, t’es trop fragile.
Je pris très rapidement des goulées d’air frais, angoissée du proche avenir qui se présentait à moi. C’est juste cinq minutes, simplement cinq minutes et ensuite tu pourras retourner dans le jardin de la maisonnée malgré la fraîcheur matinale. Je me sentais vraiment pitoyable face à cette phobie irrationnelle. Pourtant, j’avais mes raisons et rien que dit pensé, je n’eus que l’envie de me retourner pour courir vers un refuge.
Enfin, après quelques minutes ainsi, je me suis engouffrée dans la rue commerçante. Quelques personnes se retournèrent à mon passage, en remarquant ma peau basanée. Je les ignorais, me murmurant qu’il s’agissait d’idiots finis, et qu’à la moindre remarque je n’hésiterais pas à frapper et à sortir des injures. Ce petit rappel m’arracha un sourire, et je me suis laissée plonger dans mes pensées, refuge mental qui me calmait quelque peu.
Tout en gardant une allure rapide, enfouissant mon visage dans une écharpe, je m’imaginais être en été, courant entre les arbres ou bien escaladant ceux-ci, savourant le touché de l’écorce, et le vent fouettant mon visage. Peu à peu, je me divertissais ainsi jusqu’à m’enfoncer dans mes souvenirs, de plus en plus lointains. Une silhouette ombrageuse et souriante me revînt en mémoire, assombrissant mon regard bleu déjà bien glacial. Me rappeler cet ami, et même cet amour que je lui portais créa une fureur sans précédent, réchauffant mon corps glacé. Une certaine souffrance s’entremêla à ma haine, empoisonnant mon cœur déjà bien contracté par tant d’angoisses. Rien que me rappeler son nom me faisait mal, et je ne parle même pas de mon envie de le frapper ! Je lui avais fait confiance, pour une fois dans ma vie, j’avais ouvert mon petit monde à un homme, un humain, autre que la panthère Hydrachkya. Que fût ma récompense ? Un cœur brisé, un abandon pressé. Voilà ce qu’il en coûte de vouloir se mêler aux gens, Hydrachkya au moins, ne me trahissait pas, ne m’abandonnait pas à une solitude douloureuse et piquante.
Je pris une grande goulée d’air pour tenter de me calmer, et me mis à courir à une vitesse folle pour diminuer ma colère, c’était mieux que proférer des jurons ou de frapper un mur devant tant de personnes…J’ai terminé ma course face au magasin de bijoux pour y entrer, mon visage restant impassible, pourtant mes yeux me trahissaient, on aurait dit que le bleu glacé qu’ils contenaient s’était liquéfier, devenant des larmes ne pouvant se déverser sur le pavé de la rue. Ma capuche retomba sur mes épaules et j’ai secoué la tête pour enlever les quelques gouttes d’humidité s’étant accrochées à mes cheveux.
Le marchand me sourit en me remarquant et après ma requête, prit le collier de perles que je lui tendis pour l’emmener dans son arrière-boutique. J’attendis quelques minutes, trépignant d’impatience de revenir dans mon nid douillet pour m’endormir et ne plus me rappeler mes souvenirs et mes remords douloureux. Jusque là, j’avais réussi à ignorer ce genre de sentiments, préférant m’occuper de choses primaires, telles que l’envie de sortir ou même de jouer avec le félin. Celui-ci me manquait déjà d’ailleurs, bon, ce n’était peut-être pas réciproque, mais j’aimais sa compagnie, qui certes n’était pas humaine, mais qui ne blessait certainement pas. Je me mordis la lèvre avec force pour m’ôter encore une fois de ces souvenirs. Si je retrouvais ce type, je vous promets que je lui ferais payer sa fuite, et tellement bien, ha…Je le massacrerais, le frapperais, l’injurierait de tous les noms, le…
-Voici votre collier, madame.
J’ai fixé le marchand me tendant le bijou et le prit avec agilité et vivacité, avant de lui donner son argent, puis fuit cet endroit clos avec empressement, le regard de nouveau assombrit. Je vous jure, je redevenais cette gamine impulsive, violente et sauvage qui frappait, mordait et griffait pour un oui ou pour un non. Il faudrait que je me calme, mais ce n’est pas dans cette foule que j’y arriverai. Avant d’attaquer quelqu’un, je devais rejoindre une rue adjacente moins bondée.
Des souvenirs douloureux en tête, s’enracinant dans mon cerveau comme des puces sur un chien, je fis de grandes foulées, remerciant le ciel de m’avoir doté d’un corps assez grand pour dépasser une bonne partie des têtes ici présentes. D’une démarche se faisant de plus en plus féline, empruntée inconsciemment à la panthère noire, je bénissais la vue d’une rue perpendiculaire à celle-ci, ne contenant pas âme qui vive. Dans cette idée, je fis un bond en avant pour me retrouver plus vite à l’abri, au même moment qu’un homme attira mon regard.
Mon cœur se serra, remontant dans ma gorge, mes yeux s’écarquillèrent, passant de l’angoisse à la surprise. Je reconnus ses cheveux, me rappelant leur douceur, leur finesse, cette volupté étrange les animant. Je fixais ses yeux, ce regard envoûtant, qui m’avait tant attiré, tant émerveillé, de leur sanglante couleur me faisant frissonner, m’apeurant presque à l’idée de la recroiser. Ce visage délicat, à la peau douce, aux reflets éphémères, dont les sourires me faisaient chanceler sans que je veuille l’accepter. Son nom commença à envahir mon esprit, toute mon âme paralysée par cette simple seconde d’émerveillement, par ces syllabes que je m’étais juré de ne plus prononcer.
Je me rappelais de cette musique, pleine de fraîcheur et de douceur. Son visage prêt du mien, nos rires fusionnant dans cette chaude après-midi. Etranger. Cœur blessé. Amour enchanté. Torture inavouée. Secret révélé. Liberté emprisonnée. Cris. Larmes. Chant d’une journée funèbre. Je me rappelle de ton visage, de ce que nous avons toujours voulu. Je me rappelle de ton odeur, celle magique et envoûtante, que j’adorais tellement…Je me rappelle de cette noirceur, de cette splendeur et de cette solitude. Je me rappelle de mes pleurs, de mon cœur et de ma pauvre plénitude. Désespoir infaillible, absence douloureuse, un être qui ne vînt même plus me protéger de ce monde qu’il savait, oui, qu’il savait que je haïssais profondément !
La fureur fit place à la surprise, il était déjà loin, l’être de mes tourments. Mais il était là. Me tournant le dos. Ne m’ayant même pas remarqué…Je tremblais, ne me souciant même plus de ma peur des hommes, non, cette vague de haine et de ressentiment, d’orgueil blessé et de fierté refoulée, me fit plutôt bondir entre ces gens pour poursuivre cet être. Des émotions opposées, se suivant et s’alliant à une vitesse folle me donnèrent des ailes, assemblant les masques de la fureur, de la froideur et même de la joie sur mon visage au teint mate.
Arrivant derrière lui, je pris mon élan et ma jambe percuta son épaule tandis que je glissais sur les pavés, déséquilibrée. Non, je n’allais pas leur faire plaisir – lui faire plaisir ? – en percutant le sol à cause de mon saut raté, au contraire, d’un effort surhumain, utilisant pour une raison bien futile mon don pour ne pas tomber, je revins comme par miracle sur mes pieds, faisant face à cet homme. Merde, j’avais visé la tête ! Faudra que j’améliore ma précision et surtout ma force.
Droite comme un i, les muscles contractés, je lui faisais face, le visage impassible, mes yeux le fixant froidement, de cette lueur haineuse et méprisante, leur couleur bleue se figeant autour de mes pupilles dilatées. Je contrôlais ma respiration pour que celle-ci reste calme et silencieuse. Seulement mes mains tremblantes témoignaient de ma forte émotion. Il n’avait guère changé, et un mélange de joie incommensurable et de haine enflammée explosa dans mon cerveau, circulant dans toutes mes veines. Je ne voulais pas laisser voir une seule seconde ma faiblesse, non, je préférais le fixer avec fureur, arrogance et mépris. Jamais je ne le satisferais par des larmes de soulagement, jamais ! Ces mots furent crachés dans mon esprit, et je retins un flot de jurons et de paroles injurieuses. Qu’une envie, le frapper et me défouler pour effacer cette douleur lancinante qui était apparut en le retrouvant. Mon silence s’éternisa sans que je ne sache quoi dire. Pourtant, j’en avais des choses à hurler à sa face ! Mais rien ne vînt, je semblais encore choquée par ces retrouvailles, ne cessant pas de planter mon regard bleu dans le sien d’un si beau carmin.
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Posté Mer 8 Fév - 22:38
Le souvenir s’embrase, l’écrase, grandit, encore, encore. Jusqu’à venir heurter de ses regrets douloureux une faiblesse retrouvée.
« Monsieur ? Vous allez bien ? »
Une voix inquiète, un sourire hésitant. Le regard baissé, ses mèches blondes cachant son regard, Mihael observe l’instrument devant lui. Ses doigts fins caressent les touches avec douceur, font parfois ressortir un son doux. Mélancolique et blessé. Ses paumes tremblent doucement, sans qu’il ne lâche prise. Des gestes lents, précis, font délicatement vaciller un rythme incertain, qui prend peu à peu la forme d’une mélodie. Sublime mélodie, cruelle mélodie. Il croit entendre dans les accords brutaux et vifs un rire réjoui. Il croit ressentir dans le rythme soutenu une bouffée d’air frais, un naturel qui l’a touché en plein cœur. Il croit voir, à travers ses yeux fermés, un sourire qu’il ne peut oublier, un visage sculpté en traits de feu dans son esprit. Il croit sentir encore son corps contre la sien, la chaleur de sa peau. Et le réveil n’en est que plus brutal. Ses yeux s’ouvrent à nouveau sur une réalité. Triste, vide, froide. Une réalité à la morsure glacée, comme elle les déteste. Il n’y a que lui, encore. Il est seul, toujours. Incapable de détourner son chemin, incapable de seulement jeter ce souvenir, tout comme il a abandonné derrière lui tout ce à quoi il pouvait encore tenir.
« Monsieur ? »
La voix insiste, se fait plus anxieuse encore. Ses doigts quittent les touches du piano. Il ne pensait pas les y avoir laissé si longtemps. Le son lancinant qui ne cesse de retentir à ses oreilles ne peut venir que de lui. Ce qui l’entoure devient un peu plus flou, un peu plus fou à chaque nouveau pas. A chaque nouvelle mort. A chaque victoire, chaque défaite. Tout passe sans qu’il ne maîtrise ses propres craintes, ses propres désirs. Et au milieu de ses songes confus, de ses perceptions faussées, il reste toujours une vérité cruelle. Une réalisation douce-amère. Il ne peut la chasser. Il ne le veut pas. Il attend seulement sa sentence, pensant chaque jour à ce futur qu’il espère encore illuminé par sa présence.
« Excusez-moi, je ne voulais pas vous faire… peur. »
Le mot est prononcé quand il croise le regard effrayé de la jeune femme. Son sourire figé semble être un masque et ses lèvres relevées sont si crispée qu’elle doit en souffrir. Mihael retient un soupir et passe une main dans ses cheveux blonds, lui envoyant un de ses sourires habituels. Eclatant et ironique. Ce n’est sans doute pas le meilleur choix pour la rassurer, mais il ne peut guère faire mieux.
« Oh ce n’est rien… » Elle rougit mais continue, vaillante. « Si vous avez besoin d’informations à propos de ce piano, je suis là ! Qu ce soit pour une livraison ou simplement pour trouver le modèle de votre choix… »
Le regard rougeoyant se fait plus froid, plus terne. Il regarde à travers elle, comme si cela n’avait plus d’importance. Le moment est passé. Sa silhouette nonchalante semble déjà prête à bondir, à sortir, s’enfuir d’ici. L’atmosphère trop chaleureuse, presque intimiste, le fait doucement suffoquer. Il prête attention à tous ces petits détails qu’il n’aurait jamais pris en compte, habituellement. Il veut sortir, partir. S’éloigner un peu de cette erreur, de ce court moment d’égarement qui n’a fait que mettre en relief tout ce à quoi il a du renoncer.
« Non non, ne vous en faites pas. Je regardais uniquement celui-ci. Je possédais le même. Il me rappelle quelques souvenirs. »
Une voix légère, une subtile raideur dans ses membres. Partir partir partir. Il en devient presque sec, brutal, sans qu’elle ne remarque rien. Perdue dans la muette contemplation de l’instrument, se faisant toute une histoire à propos de ce qu’un tel homme a pu vivre. Son maintien élégant lui fait penser à un jeune homme de bonne famille. Le charme discret qui émane de sa silhouette longiligne s’efface pourtant, face à la chaleur glacée de son regard carmin. Elle ne peut rien y lire. Elle voudrait s’y imaginer de l’amour, une passion dévorante qui l’amenuise et lui donne l’espoir de continuer, chaque jour, à ouvrir les yeux. Elle voudrait y voir une étincelle de regret, mêlé au pétillement d’une douce moquerie. Elle voudrait y lire une tendre appréhension, un espoir insensé de pouvoir revenir à avant sans les peines qu’il a choisi de s’infliger. Mais elle ne rencontre que le néant, qu’un amusement distant et froid, brillant d’une flamme terne dans ses iris incandescentes. Et elle ne peut retenir sa question.
« Des souvenirs heureux ? En compagnie d’une personne que vous aimiez, peut-être ? Si c’est le cas, elle aimerait peut-être le retrouver avec vous, non ? »
Il sourit, vraiment. Une expression de prédateur réjoui, accueillent sans surprise une remarque qu’il attendait et redoutait. Comme s’il avait espéré qu’elle ne poserait pas la question mais qu’il prend un malin plaisir à y répondre.
« Si elle me revoit avec un tel objet à mes côtés, je crains qu’elle en fasse une arme plutôt qu’un instrument de musique. »
…………………………………
La pluie semble noyer chacune de ses déceptions, purifier chaque pensée morose, heureuse, blasée, triste, cynique, réjouissante qui ait pu traverser son esprit trop lucide. Sa marche aléatoire prend des airs de promenade de santé, sans qu’il n’ait de point précis en tête. Les rares matinées où il peut profiter d’un temps libre gracieusement offert sont les plus douloureuses à vivre. Elles lui rappellent qu’il n’a plus rien. Plus d’ami sur qui compter. Plus de famille qui se reposer. Plus de… Un arrêt. Un recommencement. Ses pensées ne peuvent dériver, encore. La barrière mentale qu’il se dresse pour l’oublier fond à chaque égarement, à chaque objet, son, odeur, matière qui pourrait lui rappeler cette femme qu’il a placée au dessus de tout. Et il y a toujours une chute, le moment, abject, si blessant, où il se rappelle qu’il a tout détruit. Une bouffée d’air frais, une eau qui s’écoule sur ses cheveux, ses joues, pour verser à sa place des larmes qu’il a retenues depuis qu’Alaizabel l’a quitté. Sa déception amère n’est que le fruit de ses propres choix.
Il ne savait simplement pas qu’ils seraient si douloureux. Qu’ils laisseraient ce vide, en lui. L’avenir qu’ils auraient dû se construire a été détruit, soufflé comme un château de carte par un vent puissant. Emportant avec lui les images de bonheur qu’il aurait pu façonner. Il ne peut s’en prendre qu’à sa rancune, qu’à son obsession malsaine. Il ne peut blâmer que sa propre décision. Et c’est ce qui lui fait le plus mal. Personne à accuser. Aucune cruauté à dénoncer, aucun assassin à retrouver. Il n’y a que lui et ce manque débordant. Et la pluie qui écrase les quelques espoirs qui lui restent.
La foule s’écarte un peu sur son passage, le son étouffé des vêtements qui se frôlent attire à peine son attention. Ce qui l’arrête n’est ni le brusque changement, ni ceux qui fraient un chemin jusqu’à lui. C’est la douleur sourde d’un coup, sur son épaule, qui l’oblige à se retourner. A regarder en face ce visage qui le hante depuis toujours. Sans le voile opaque tissé par les souvenirs qui s’adoucissent.
La fureur qui émane d’elle le secoue, davantage que le coup porté pour attirer son attention. Il ne voit que l’étincelle de reproche, de ressentiment, dans le regard saphir. Il y plonge comme un assoiffé qui aurait enfin retrouvé une source d’eau après des jours de privation. Comme si c’était tout ce qu’il attendait, tout ce qu’il voulait. Ses yeux ne peuvent la quitter. Epousant chaque trait de son visage, s’attardent sur chaque détail de sa physionomie. Il se rend douloureusement compte qu’il se souvient d’elle. Trop précisément. Chaque mimique, chaque expression, aussi furtive soit-elle, lui est familière. Combien de fois son image a-t-elle effleuré ses paupières pour qu’il puisse ainsi rappeler à lui chaque détail ? Combien de fois a-t-il espéré la voir, la retrouver dans les traits d’une autre, pour, un moment seulement, espérer croiser encore sa route ?
Et le silence qui s’installe, qui étouffe son incrédulité mêlée d’une joie maladive, malsaine. Le soulagement presque viscéral qui l’envahit lui retourne le cœur. Emraskia est en vie. Va bien. Assez pour le frapper et pour laisser un magnifique hématome sur sa peau pâle, bien entendu. Et elle est devant lui. La réalisation le prend à la gorge, lui donne envie de se rapprocher d’elle, de reprendre enfin la place qui lui appartient. De lui parler.
De lui avouer à quel point il regrette, à quel point il a été un incapable, idiot. De lui dire que son choix l’a éloigné d’elle mais qu’il ne le veut pas, ne peut pas. Que son absence lui coûte, tellement, qu’il n’a cessé de penser à elle, de vouloir la revoir, de vouloir réparer ses erreurs. Qu’elle lui a manqué, tellement manqué. Et qu’il l’aime, encore. Toujours. Mais ses mots restent bloqués dans sa gorge. Indignes de ce qu’il a choisi, du personnage qu’il s’est fabriqué. Il a sacrifié leur futur. Il a lacéré sa confiance, écartelé sa fierté, mis de côté tout ce qu’ils auraient pu bâtir pour se jeter à corps perdu dans la vengeance. Et il voit les conséquences de ce choix dans ce regard qui l’assassine, qui le broie au fur et à mesure que les secondes passent. Leur immobilité gêne, les passants grognent, tempêtent à leurs côtés. Et il laisse enfin son corps prendre le dessus, balayer sa surprise. Sa main saisit le poignet de la jeune femme, pour l’entraîner avec lui.
Loin de cette foule qui les incommode tant. Loin de ce monde qui les observe en chien de faïence, qui pose sur eux un regard empli de mépris. Ils ont déjà fui, ensemble, tant de fois, ces perceptions faussées, ces impressions qu’ils envoyaient valser pour uniquement penser à eux. Eloignant ce qu’il pouvait y avoir de vil, de décadent, dans cette société qu’ils fuyaient, se soutenant l’un l’autre. Lui, s’en est totalement échappé. A vendu son nom, ses droits, sa vie pour fuir ce milieu qui lui avait enlevé sa sœur adorée. Mais elle, prisonnière de sa cage dorée, perdue dans sa prison d’apparats, était restée dans ce monde qu’ils détestaient tant. Dans ce monde qu’ils devaient fuir, tous les deux. Dans ce monde dans lequel il l’avait abandonnée.
Sa gorge se serre, ses muscles se raidissent. La foule laissée derrière semble encore grouiller dans sa tête, dans un mélange monstrueux d’exclamations, de sang tambourinant à ses tempes, de remarques fusant en tout sens. Sa tête devient un odieux capharnaüm de sons, de perceptions de tous types. Incapable de reprendre son sang-froid, de faire le vide dans sa tête où seuls ses souvenirs et ce qui s’y attache reprend ses droits. Son visage impassible se tourne à nouveau vers elle, sans qu’il ne prête attention à l’endroit où ils se trouvent. Il s’y est rendu trop de fois, y est trop habitué pour seulement se plaindre du manque de lumière, de la froideur terne de quelques bâtiments les entourant. Mais il sait qu’ils ne seront pas dérangés. Les rues plus remplies se croisent un peu plus loin. Il n’a que faire de leur environnement. Cela ne compte pas.
« Lady Karzavosky… Quelle entre en matière percutante. »
Sa voix moqueuse, caressante, trouble enfin le silence, tandis qu’il prend sa main dans la sienne, pour la porter à ses lèvres. Elles effleurent la peau mate, s’y attardant plus longtemps que nécessaire, dans une parodie d’avant. Qui lui rappelle leur première rencontre. Deux enfants de bonne famille, présentés en bonne et due forme. Il se rappelle avoir parfaitement réalisé une courbette et la chaleur de sa peau sous ses lèvres. Et elle, l’avait bien évidemment repoussé, butée dans son comportement sauvageon, préférant fuir ce garçon trop poli, trop bien élevé, envoyant ses remarques assassines avec un sourire courtois. Il avait su la rattraper, à l ‘époque. Même si cela avait pris du temps. Mais aujourd’hui, il ne sait plus s’il est capable d’effacer ce qu’elle a pu penser de lui, depuis qu’il est parti… Il ne sait plus si les liens étroits et fragiles qu’ils avaient tissé représentent encore quelque chose, à ses yeux. Il ne sait plus s’il est le seul à toujours ressentir ce pincement au cœur, cette joie douloureuse en pansant à elle, à ce qu’ils ont vécu.
Les incertitudes le bloquent, lui donnent le vertige. Alors il continue sa comédie, se réjouissant de s’aider de ce masque qu’elle hait tant pour la faire sortir de ses gonds, une fois encore.
« Je me réjouis de voir que vous êtes plus belle que jamais. »
La flamme de la sincérité embrase son regard, alors qu’il ne peut s’empêcher de la dévorer des yeux. D’admirer la beauté de ses traits, la finesse de ses membres, les couleurs délicates de sa chevelure d’argent. Il voudrait pouvoir l’approcher sans crainte. Mais en est incapable. Tout un monde se dresse entre eux. Il est le traître que l’on croit parti et elle est toujours cette jeune fille de bonne famille, se soumettant aux ordres d’un tyran contre lequel il se bat. Les barrières d’antan ne sont rien. Ce qu’il y a maintenant entre leurs existences défie les simples fondements de son éducation bornée. La crainte de mettre, à chaque seconde qui passe, sa vie en danger est là. Mais il ne cédera pas. Il ne reculera pas, pas maintenant.
« Me hais-tu, Emraskia ? »
Un murmure, léger, presque inaudible, alors que son sourire retombe peu à peu. Il ne poursuit pas davantage, ne veut pas se plonger dans l’espoir qu’elle pourrait encore vouloir de lui ou dans la déception de l’avoir perdue. Il se refuse à faire un pas de plus, un pas de moins. Il laisse entre ses mains sa vie, ce qui pourrait advenir d’eux. Conscient qu’il a laissé passer sa chance et qu’il ne peut que se plier à ses exigences.
Dernière édition par Mihael A. Bezarius le Mer 14 Mar - 12:39, édité 1 fois
Emraskia I. Karzavosky
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Posté Mer 8 Fév - 22:39
Cet instant où tout s’unissait. Son visage si délicat que je m’évertuais à effacer de ma mémoire, ne cessait de me hanter comme le nom qu’il portait. Je me rappelais, je me rappelais de tout, de tout ce que j’avais enfermé pour pouvoir savourer encore un peu cette vie que l’on m’avait donné. Pourquoi, pourquoi devais-tu réapparaître maintenant ? Dans mes idées de vengeance, de fureur indescriptible, de violence vicieuse, tu arrives sans me laisser le temps, un seul instant, de pouvoir riposter. Acculée, fatiguée de se battre, obstinée dans l’idée de te faire subir ce que j’ai ressenti, je n’arrive pas à me faire à l’idée que tu pourrais facilement gagner, cela me détruit, ma fierté, mon orgueil, tout ce que j’ai construit. Je ne veux pas, reste loin de moi, si tu t’approches, je te tuerais, je veux te tuer, je te hais ! Je te hais, Mihael !
Les mots s’accumulent aux portes closes de mes lèvres, ne trouvant aucune porte de sortie, abondant dans mon esprit, au point de me rendre folle. Je veux te dire mon discours, celui soigneusement préparé depuis des années. Celui où je te frappais, où je te griffais, te mordais et te blessais afin que tu saches ce que j’ai ressenti après ton départ. Qu’importe tes raisons, tu sais très bien que je suis égoïste, que je ne pense qu’à moi, c’est dans ma nature, tu devrais le savoir, Mihael, tu devrais savoir que je me foutais bien des causes de ton départ. Et pourtant, tu es parti. Je crois que c’est ce qui m’a le plus fait mal…
J’attendais une réaction, immobile dans la foule, me foutant bien de ces regards et de ces grognements intempestifs. Mon regard se plantait dans le tien, je voulais savoir – par curiosité peut-être ? – ce que tu allais me dire. Des excuses ? Des larmes ? Peut-être même que tu m’aurais oublié oui, peut-être bien…J’imagine que j’aimerai ce genre de réactions, connaissant bien mon texte, pour te blesser et surtout me défouler, déverser mes regrets, mes remords, ma solitude et ma douleur, tout ce qui me pourrissait depuis des années, à cause de toi.
Je ne vis que trop tard son geste vif et sa main attrapant mon poignet. Le contact de sa peau contre la mienne fut une sorte de décharge électrique parcourant mon corps. Cette sensation commençait à m’emporter dans des souvenirs vivaces, tentant toujours et encore de venir à bout de ma fureur envers cet être tant aimé et haï. Dans une action désespérée, j’ai voulu dans notre course me libérer, tirant de toutes mes forces mon poignet prisonnier, freinant son élan, traînant mes pieds sur les pavés de la rue, sautant dans tous les sens, mon autre main frappant la sienne pour qu’il me lâche, avec violence et rage, le griffant dans des gestes répétitifs. Mais rien à faire, il tenait, sans échappatoire je regardais la foule m’entourant passée rapidement dans mon champ de vision. Durant tout le long, je combattais sa poigne, bien que je sache que je ne pourrais rien contre lui, je ne voulais pas m’avouer vaincu, jamais !
Pourquoi ? La peur. Oui, tout simplement. L’angoisse. Je ne voulais pas lui faire face, tous les deux seuls. Je préférais encore le trouver dans une de ces détestables soirées, puisant ma force dans les regards méprisants m’entourant ou même dans les règles de bienséance afin de le blesser. Mais là, rien. Aucune énergie. Je me retrouvais dans une de ces ruelles sombres qu’avant j’adorais et qui, pour cet instant, me paraissait l’Enfer lui-même. Du coin de l’œil je cherchais une porte de sortie, enfonçant mes ongles dans les briques humides auxquelles je semblais adossée. Mais rien, non rien. Même en fixant le ciel, je voyais son visage, et Dieu, en cet instant je ne voulais pas y faire face ! A ma grande horreur, je me retrouvais acculée, sans la possibilité de m’échapper dans un mouvement furtif.
« Lady Karzavosky… Quelle entre en matière percutante. »
Cette voix aux connotations mielleuses et grinçantes hérissa le fin duvet ornant ma nuque, me donnant un de ces frissons de rage et d’angoisse mêlés. Je haïssais ce masque, comme toute cette comédie qu’il se permettait de jouer, tellement que je ne prenais guère attention à sa pique. Je ne lui ferais pas le plaisir de me voir colérique et rageuse de tant de cinéma, mais comme j’aurais préféré faire face à une masse compacte et bien serrée de gens en tout genre plutôt qu’à ça ! Ma mâchoire s’est contractée, dans un ultime effort de me calmer, effort qui se révéla peu concluant. Lorsque ses lèvres effleurèrent ma main, je me suis forcée à ne pas détourner les yeux, non, je n’accorderai guère ce plaisir à cet homme ! J’avais envie de retirer ma paume pour le gifler, ou même griffer son visage parfait. Mais je restais, à mon grand damne, paralysée par ce contact, un passage électrique semblable à celui dernièrement orchestré parcourra mon corps, me donnant le vertige.
« Je me réjouis de voir que vous êtes plus belle que jamais. »
Encore ses répliques cinglantes. Mon poing se serra sous l’effort surhumain que je faisais pour me contrôler. Non, je ne lui donnerais pas ce plaisir, jamais ! Mes genoux flageolèrent sous le poids de la rage, sans pour autant céder. Qu’est-ce que j’aurais préféré qu’il pleure toutes les larmes de son corps, c’aurait été si facile de le contrer. Face à sa réplique et à son regard perçant, je sentis gênée, ça me révulsait, m’agaçant encore plus. J’avais une réplique cinglante à riposter, pourtant il me devança.
« Me hais-tu, Emraskia ? »
Son chuchotis me fit frissonner, mon cœur s’accéléra mais je préférais ne pas y prêter attention. Ah, voilà qu’on en venait au fait. Mes yeux restèrent stoïques, toujours animés de cette rage enflammée, mes lèvres frémirent puis se retroussèrent sur mes dents alors que je m’apprêtais à cracher tout mon ressenti. J’avais enfin l’occasion de lui faire percevoir ce qui m’avait tant fait souffrir durant de longues années. Mes poings se serrèrent, ma fureur décupla face à mon incapacité de délier ma langue. Je semblais trop hypnotiser par ses traits, sa voix et le peu de distance qui nous séparait. Je te haïs ! C’est facile à dire pourtant, non ? Un cri agacé sortit de ma bouche, plutôt que ces trois mots, alors que je trépignais sur place, tellement j’étais furieuse de ma propre impuissance et de ma fragilité. Mon regard allait du sol humide aux briques usées derrière lui, puis roula jusqu’à ses chaussures avant de revenir à son visage. Mes yeux lançaient des éclairs, voulant faire passer toute ma hargne silencieuse.
Enfin, lorsque je me suis rappeler de cette douce matinée où je n’ai plus revu, où j’étais recroquevillée comme une pauvre chose sans valeur et vieilli contre un arbre, dans le sol boueux, à retenir des sanglots incontrôlables devant les yeux animés de cynisme de la panthère noire qui ne pipait mot, ma langue se délia et j’ai laissé sortir toute ma rancœur. Mon poing le frappa au visage – je dois avouer que ça défoulait – avant qu’il ne soit rejoint du deuxième dans une danse effrénée où je m’évertuais à violenter son torse :
-Je te hais ! Je te hais ! Je te hais ! Tu te rends compte de ce que ça a été ?! Tu sais ce que j’ai ressenti ?! Trahison, déception, solitude, souffrance et mépris ! Ils me regardaient comme une pauvre bête abandonnée, bonne pour la boucherie ! Je t’en veux atrocement ! Je te hais, Mihael ! Tellement que je veux tout effacer de ma mémoire ! Je tenterais jusqu’au bout, je le promets, jusqu’à ma mort j’essaierai de t’oublier ! Je te hais ! Tu m'as crée des espoirs avant de me les reprendre, tu es parti sans un au revoir, sans rien me dire ! Me laissant dans le doute, le remord, le regret, blessant ma fierté et ma confiance ! Je t'ai montré tous mes secrets, et tout cela pour quoi ?! Tu es parti, en ne me laissant même pas la liberté que j'aimais tant avant de te rencontrer !
Je continuais mon speech, hurlant à plein poumons ces paroles qui me libéraient et en même temps, me causaient une vive douleur. Peu à peu, mes coups s’affaiblirent, accablés par un étrange poids, dont je ne voulais pas reconnaître la nature. Non, certainement pas. Détruire tout ce travail acharné ? Ma fierté et ma rancune ? Je ne voulais pas…Non, pas du tout. Pourtant, la vérité s’imposait à moi de plus en plus fermement, si bien que je n’arrivais plus à l’ignorer. Je l’aimais. Oui, encore. Je l’aimais encore. Mais cela s’opposait à toutes mes convictions, tous mes idéaux et mes promesses. Je ne pensais pas à ce qui nous séparait, pas à cette stupide guerre entre l’Empereur et les rebelles, ni même à nos rangs sociaux. Je pensais simplement au fait que toutes ses années à me dire que je le haïssais n’avaient réussi qu’à me faire souffrir. Je ne voulais pas m’avouer vaincue.
En sortant de mes pensées, je me rendis compte de l’odeur familière m’entourant. Combien de fois m’étais-je nichée au creux de ses bras pour me laisser bercer par ceux-ci ? Mon corps semblait contracté, mes mains s’agrippant comme des forcenés au manteau qu’il revêtait, par réflexe je retenais mes larmes et mes sanglots, des années d’entraînement. Ma tête s’appuyait contre lui, d’un air soulagé. Me rendant compte de mon laisser-aller, je l’ai brusquement repoussé, comme si je m’étais brûlée, comme s’il s’agissait de sa faute. Mon regard redevint glacial et colérique, mais mes lèvres ne cessaient trembler. Je voulais lui dire, comme je voulais lui dire de s’en aller, de voir ailleurs, de ne plus se montrer face à moi. C’était la seule chose à faire, le scénario que j’avais crée pour mieux me dépêtrer de son image. Mais, je n’y arrivais pas, je ne pouvais pas m’échapper de son emprise, à cette idée je fus envahi d’un profond désespoir, caché derrière mon menton relevé d'un air de défi. Comme la liberté de ce doux été me paraissait loin maintenant...
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Posté Mer 8 Fév - 22:40
Le pardon qui se dérobe, une fuite qui n’en est pas une. Sous les restes brisés de leur vie.
Accablée, prise au piège par une course qui l’a menée là où il le voulait. Quelque part, il sait qu’il est celui qui ne peut réellement faire de pas en arrière. Il n’essaie même pas, ne s’y risque pas. Le temps qui a passé n’a jamais effacé son image de sa mémoire et il n’a jamais essayé de l’y forcer. Il espérait peut-être, quelque part, qu’il pourrait revenir vers elle. Sans avoir à affronter sa rage et sa haine. Quelle naïveté ! Le contact de sa main sur sa joue, de ses poings serrés contre son torse ne sont rien, réellement. Il n’y répond même pas, se contente de rester immobile. Paralysé par ses mots, pour toute cette hargne, cette haine, qui sort d’elle avec tant de naturel. L’éclair de la souffrance, bref, douloureux, le parcourt un court instant. S’attendre à quelque chose ne veut pas toujours dire être capable d’y faire face. Il se rend compte avec tristesse qu’il n’aurait jamais pu se faire à l’idée qu’Emraskia le haïsse, veuille définitivement le faire sortir de sa vie. Son cœur se serre, sa gorge se bloque, son regard essaie de la fuir, sans vraiment y parvenir. Il ne peut s’empêcher de se plonger à nouveau dans la tourmente démentielle de son regard océan. C’est sa propre noyade, sa propre chute qu’il y découvre à chaque accusation lancée, à chaque reproche martelé, à chaque respiration saccadée.
Et elle se calme, peu à peu. Laissant son courroux revêtir la forme d’un silence glacé, d’une attente qui finit de réduire à néant sa patience affaiblie. Son esprit parcourt toutes les années vécues ensemble, le temps passé sans elle. Il voudrait simplement pouvoir la prendre dans ses bras, une main posée au creux de sa taille, l’autre dans ses cheveux, son visage enfoui dans son cou, pour entendre son cœur battre, tour à tour affolé et paisible. Comme avant. Mais il ne peut que tendre la main, instinctivement, en la voyant s’éloigner. Un geste inconscient, douloureux de mélancolie et d’espoir. Un geste qu’il arrête bientôt, reprenant le contrôle de son corps. Il sait qu’elle ne le supporterait pas. Que la toucher reviendrait à signer son arrêt de mort, à la pousser à fuir, pour ne plus jamais se retourner. Et il ne veut pas. Les liens qui les unissent sont encore trop fragiles, malgré le tourbillon de sentiments qui rugit en lui. Il n’a pas le droit à l’erreur. Il doit arrêter sa ridicule mascarade, faire cesser la voix qui lui crie qu’il n’est pas réellement coupable. Qu’il n’a pas eu le choix, lui non plus.
« Je ne voulais pas, tu le sais… »
Sa voix sereine contient une sécheresse peinée, une déception voilée. L’étau rassurant qui contenait ses propres peines, sa propre souffrance cachée se desserre. Pour laisser enfin sortir de lui ce qui y sommeille depuis si longtemps.
« Crois-tu vraiment que j’ai eu le choix ? Que j’ai voulu en arriver là où je suis aujourd’hui ? Regarde-moi ! »
Un geste de la main pour désigner son être terni, pour englober tout ce qui a pu changer depuis qu’ils se sont vus pour la dernière fois. Elle sait. Elle a forcément deviné ce qu’il est devenu maintenant. Ce pourquoi il se bat, sans être capable de tourner la page qu’ils ont commencé à écrire, ensemble. Sa voix glacée l’enveloppe à nouveau, se fait plus proche d’elle au fur et à mesure qu’il s’approche aussi.
« As-tu l’impression que je me réjouis de ce que j’ai fait ? Toi plus que quiconque, tu devrais me comprendre, Emraskia. Je n’avais plus rien. Mon nom était associé aux rebelles, fortune, famille, tous m’ont tourné le dos. Aurais-je dû rester à la botte de l’armée, me plier à des exigences, perdre mon statut pour me retrouver plus bas que terre, simplement pour continuer à vivre cette vie ? Je ne l’aurais pas supporté. Toi dont la fierté a su dépasser cela, n’es-tu pas capable de comprendre ce que l’on peut être prêt à faire pour garder sa dignité ? »
Sa voix s’éteint, perd un peu de sa froideur pour mourir sur une note mélancolique. Son regard ne quitte pas le sien, ne vacille pas. La culpabilité le ronge, toujours. Mais il est toujours capable de la regarder dans les yeux. Il n’a suivi que le chemin difficile et jalonné que celui qu’elle avait aimé aurait suivi. Fidèle à son orgueil, à cette foutue fierté qui lui a peut-être enlevé celle qu’il aime.
« Te laisser derrière moi a été ce que j’ai eu de plus difficile à faire. Bon sang, j’étais prêt à tout abandonner pour que nous puissions enfin rester ensemble, pour que nous nous échappions de cette comédie que tu détestais ! Mais comment voulais-tu que je reste à tes côtés alors que je n’avais plus de place, plus rien à t’offrir ? Alors que l’on me considérait comme un traître, comme un ennemi à abattre ? T’imposer la même chose… »
Il secoue la tête, reprend son souffle. Les mots s’écoulent sans qu’il ne puisse les arrêter. Ses yeux ne la quittent pas, guettent chaque geste, chaque réaction pour l’empêcher de fuir, si jamais cela lui traversait l’esprit. Il n’aime pas se justifier. Il ne supporte pas plus le jugement cruel et catégorique qu’elle lui assène. L’amertume se distille peu à peu en lui, alors qu’il l’empêche d’atteindre ses paroles. Il ne la convaincra pas, il le sait. Il n’effacera pas ce qu’il s’est passé. Il n’arrivera pas à annihiler la douleur sourde de leur séparation, de son abandon. Il peut seulement essayer de l’amenuiser, de lui faire miroiter les raisons qui l’ont poussé à partir. Ses mots tranchants l’étreignent encore, comme s’ils essayaient d’éteindre cette flamme en lui, de le pousser à lâcher prise et à tirer un trait sur elle. Mais s’il y a une chose qu’il ne peut se permettre, c’est de la laisser derrière lui une fois de plus.
« Je ne te laissera pas m’oublier, tu sais. Quoi que je fasse, peu importe comment, de mon côté, ma vie se déroule, j’ai été incapable de renoncer à toi. Tu ne m’y forceras pas. Si j’ai la certitude qu’il me reste une chance, aussi infirme soit-elle, de me racheter à tes yeux, de reprendre à nouveau la place qui était mienne, je la prendrai. Peu importe combien tu dis me haïr, combien tu dis vouloir tirer un trait. »
Sa voix se fait plus enjôleuse, involontairement plus séductrice. Il se rapproche d’elle, encore, encore, jusqu’à sentir son parfum doux et exotique, jusqu’à ressentir la chaleur de son corps à travers ses vêtements, jusqu’à voir son visage dans ses moindres détails. Il voudrait pouvoir franchir la barrière qu’elle lui dresse, faire enfin ce qui lui fait envie depuis le tout début. Mais il ne peut pas, ne s’y autorise pas. Il se contente seulement de laisser ce trouble l’envahir.
« Si tout cela était vrai, tu ne serais pas encore touchée par ce qui me concerne, n’est-ce pas ? Tu m’aurais repoussé le début, tu n’aurais même pas cherché à me revoir. Cela veut-il dire que tout n’est pas perdu, que j’ai encore un espoir de pouvoir t’approcher sans recevoir en résultat des coups et des insultes ? »
Il pense à sa joue rougie, qui le brûle quelque peu, refroidie par le vent d’hiver qui souffle. Sa voix de plus en plus basse arrive jusqu’à elle par intervalles, réguliers, lents. Il inspire une bouffée d’air frais, envahi par une crainte et un espoir démesurés. C’est elle qui détient toutes les clés de leur avenir. C’est elle qui peut décider pour lui, pour eux. Et malgré ses affirmations, malgré sa confiance visible, il n’a jamais été aussi peu sur de lui-même. Son cœur tambourine contre sa poitrine, son sang s’écoule dans ses veines à n rythme chaotique. Bercé par sa présence familière, goûtant à l’instant présent avec une intensité presque féroce. Il renonce à ses masques, aux faux-semblants, définitivement. Il lui a livré une vérité crue, sans l’ironie amusée de ses discours habituels. Il n’a jamais été doué pour se défendre, pour dire aux autres ce qu’ils veulent entendre. Mais il veut seulement essayer de faire en sorte de ne plus entendre ces mots blessants, venant de sa part. Le chemin qui pourrait les rapprocher n’a jamais été si éloigné.
Même dans leurs pires moments, dans leurs débuts difficiles, il n’a ressenti un rejet aussi puissant, une haine si véritable. Il le mérite, fatalement. Mais sa propre volonté bafouée, son amour torturé ont été des victimes supplémentaires. Il n’a eu qu’à suivre une route déjà tracée, devenu marionnette entre les mains d’un destin qui s’amusait à lui voler tout ce qui lui était cher. Dans le désert aride qu’est devenu sa vie, Emraskia est une source qu’il croyait disparue, perdue à tout jamais. Et il se rend compte qu’il n’a jamais autant désiré la retrouver, pleinement et définitivement. Le temps qui lui est imparti peut bien s’écouler, ce monde de néant peut bien s’écrouler. Il sait que chaque pas qu’il fera pourra à nouveau le mener à elle. Il veut seulement ouvrir cette voie, obtenir enfin ce début de pardon qui lui permettrait de renouer à nouveau ces liens qu’elle veut tant trancher.
Emraskia I. Karzavosky
"Y a pas à dire, la vie en sauce bolognaise, y a que ça de vrai." ▌ FLEURS ENREGISTREES: 17 ▌ INSCRIT(E) LE: 05/02/2012 ▌ ÂGE: 18
It's showtime, let's Rock! ▌ POUVOIR: Vecteur. ▌ DE QUEL CÔTE?: Indécis ▌ RELATIONS:
Posté Mer 8 Fév - 22:41
J’essayais de bloquer le cours de mes pensées, de ne plus me rappeler tous ces souvenirs, cette mémoire qui ne s’était jamais usée avec le temps. Je me rappelais de nos sourires, de nos âmes entremêlées, de la compréhension de l’autre, de son corps contre le mien, de ses bras que je convoitais encore plus que les douces après-midi où je passais mon temps à dormir contre lui. Non, je ne voulais pas me souvenir, jamais. Cela m’affaiblissait, m’empoisonnait, assenait des coups de couteau dans ma fierté et ma rancœur. Je ne voulais plus l’aimer, qu’il n’existe plus dans ma tête. Je ne voulais plus souffrir, que son fantôme me hante chaque jour, à chaque seconde. Mais cette mémoire de bonheur incommensurable se déversait dans mon esprit, amenuisant ma colère, ma rage et mon amertume. Je ne voulais pas céder, je ne voulais plus revenir vers lui, pour mieux sentir la douleur d’être abandonnée, de ne plus pouvoir penser à autre chose, au soleil, à la pluie, aux vents, cachés derrière son effigie que j’avais pris en adoration. Ne plus ressentir ça, plus jamais !
Son visage près du mien, son souffle chaud, tout m’emportait dans ce monde dont j’avais scellé les portes. Je ne voulais pas, non, je ne voulais pas me laisser emporter par cet océan aux accents désespérés, à la mélodieuse musique vibrant dans mon cœur comme le glas de la liberté. Stoppes tes paroles, ne t’approches plus de moi, Mihael. Je ne veux plus, je t’en prie, laisses-moi fuir, laisses-moi vivre sans la peur d’un jour souffrir. Je ne supporterais pas, je ne supporterais plus…Mes larmes se refoulent, à travers tes mots qui se suivent et se traînent dans mes veines comme le poison de la vérité.
Je repense à toutes ces années, après ton départ. Colère, amertume, cruelle déception d’avoir été trahi. Tes raisons ?! Ne plus les entendre, ne plus t’écouter pour mieux me libérer de ce joug incessant qui dure depuis tant d’années. Non, je ne veux plus, je me le suis promis. Je me vengerais, je te ferais souffrir. Que ton parcours soit difficile, que ce choix t’ait brisé, qu’importe ! Tu m’as trahi, pour cette autre, oui, celle à la sombre robe emportant tant d’hommes derrière elle, tant de sang et de désespoir. Vengeance. Qu’aurais-je pu faire contre elle ? Je me rends compte finalement, que c’est ma propre impuissance de n’avoir pu te retenir, qui me ronge. Ce n’est pas ta faute, ni la mienne, c’est celle d’un stupide destin macabre et cruel, celle d’un homme qui se dit Empereur, celle de personnes s’évertuant à se dire défenseurs de la liberté. Mais dans leur course aveugle et effrénée ils emportent tant de souffrance, tant d’individus et d’amours détruits…Je préfère alors me dire que c’est à cause de toi, oui, c’est à cause de toi !
Je fixe cet homme, qui après toutes ces années, paraît plus vrai que jamais, inchangé, et pourtant animé d’une lueur méconnaissable me donnant des frissons. Je ne veux plus écouter tes paroles, ta voix musicale. Mes yeux animés d’une soudaine douleur fixent avec intensité la lumière s’écoulant de la sortie, au bout de la ruelle. Il me suffit de courir, de prendre mes jambes à mon cou pour m’enfuir et ne plus revenir. Mais aurais-je été capable de contrôler alors ce mouvement désespéré que soit celui de regarder en arrière ? Je ne pense pas, aussi forte que je laisse le présumer, je n’aurais pu échapper à cette envie, à mes sentiments que je tente si bien d’ignorer. Pourquoi, pourquoi me suis-je laissée emporter par cette colère stupide et l’ai frappé ? A cause de cela, me voilà piéger, ne voulant pas me tourner vers une réalité dure à accepter. Je l’aimais, encore, et même plus si cela est possible.
Mes pieds se tournent légèrement vers la sortie, dans un mouvement imperceptible, un réflexe de ma part, certainement. Lorsqu’il vînt à me dire qu’il ne voulait pas m’offrir une vie de recluse, de fugitive, qu’il a été difficile de me laisser derrière, je réussis à avoir un nouveau flot de fureur. Ah ? Tu ne voulais pas ? Alors pourquoi t’es-tu senti obligé de m’abandonner ?! Un choix pour une morte. Non mais bon sang, Mihael, pourquoi ne peux-tu pas réagir comme tous les autres hommes sur cette planète ; pleurer toutes les larmes de ton corps puis revenir à ta vie d’avant. Non, au lieu de ça tu as voulu suivre ce chemin stupide ! Tu dis que je devrais comprendre, oh mais, j’essaie. Durant toutes ses années passées dans une solitude empoisonnée, je n’avais de cesse de me mettre à ta place, de me demander ce que j’aurais fait, moi. Aucune réponse ne vînt. Absolument aucune. Car malheureusement, mon amour, je n’avais pas une once de dignité, seulement un vide béant qui me torturait et me pourrissait, au point que je gémissais d’impuissance et de peur. Mon seul refuge fut la colère, la rancœur et les regrets, qui m’enfermaient dans un épais cocon atténuant ces émotions que je haïssais de plus en plus.
Plaquée contre le mur en brique, dans une action désespérée de rester au plus loin de lui – geste assez difficile vu la distance qui nous séparait – mon cœur se serra à ses derniers mots, à cette voix ensorcelant mon esprit, me faisant fondre sur place. Je pouvais distinctement voir son visage, le froid de la journée détruit par la chaleur stressante s’émanant de mon corps. Plonger dans ses yeux carmins semblait un véritable bonheur et en même temps un enchantement vicieux qui enflamma ma colère.
Reprendre sa place, je ne savais si je ressentais de la joie ou une pure peur maladive, une angoisse implacable. Je ne voulais pas, non, je ne voulais pas qu’il revienne dans ma vie pour mieux me faire souffrir. Je n’étais pas prête, je sentais que la présence d’une nouvelle souffrance pourrait me basculer de l’autre côté du miroir, dans un monde clos, sans fenêtre ouvrant vers le ciel tant aimé. Pourquoi ne peux-tu pas abandonner, Mihael ?! Je ne veux pas croire dans le fait que je puisse à nouveau te faire confiance, que je puisse de nouveau t’adorer et t’aimer au point d’en crever. Je butais contre cela, contre le fait de fléchir face à ce poids lourd d’émotions et de sentiments si délicats et fragiles, imposant brutalement une douleur lancinante. Mais la vérité était toute autre.
Il me manquait. Il me manquait horriblement. Une part de moi voulait l’aimer et le chérir, sauter à son cou pour mieux me rapprocher de lui. Et de l’autre côté, cette part sauvageonne et caractérielle se révulsait de tant de folies et d’adoration. Restée ainsi déchirée, entre deux mondes, entre Mihael et cette douce liberté me tendant aveuglément ses bras, sans mensonge éhonté. Que faire ?…Mes yeux ne semblaient plus animés de cette certitude et de cette fureur, mais du doute et de l’indécision, au point que je me perdais dans ce carmin si délicat composant son regard. J’ai tourné la tête, en silence vers la sortie de la ruelle, il me suffisait de le repousser brutalement, puis de courir vers la lumière, comme un lapin. Cette comparaison détruisit mon envie d’utiliser la fuite et la lâcheté…Comme un lapin ?! Je préférais courir en me comparant à un félin, merci, le lapin c’est peu pour moi !
J’ai soupiré, mon cœur se serrant à ses derniers mots. Je pris conscience qu’il avait raison ; si je ne voulais plus avoir affaire à lui, je ne l’aurais pas poursuivit malgré ce monde et ne l’aurait pas attaqué. Je rageais à l’idée que je me faisais battre sur ce point-là. Pourquoi fallait-il que ce soit lui qui réussisse à rabattre mon caquet ?! Le doute s’empara de mon être, je n’arrivais pas à répondre à son ultime question qui fût comme un coût de poignard, une traîtrise et une vérité bien trop crue. Je mourrais d’envie de lui dire oui, que je l’avais attendue tant d’années, mais une révulsion croissante face à cette faiblesse me hurlais de ne pas céder, de me rappeler ces années de souffrance, cette haine que j’avais construite et élaborée avec mon cœur, contre cet homme. Il suffisait d’un mot pour tout faire basculer. N’avais-je pas rêvé de lui briser le cœur comme il avait brisé le mien ? N’avais-je pas rêvé de sa chaleur et de son regard m’enlaçant avec amour ? Je ne savais pas. Je ne savais pas quoi lui répondre, et ce silence qui s’installait ne faisait qu’alourdir ce choix.
Autant répondre franchement, non ? Mes lèvres s’entrouvrirent, tremblantes. Puis mes yeux animés d’hésitation redevinrent dures comme de la glace. Ma main tremblait tandis que j’attrapais le col de son manteau pour attirer son visage au mien, nos lèvres s’effleurant presque, pourtant j’ai écarté cette pensée d’un revers de main avant de dire à voix haute, d’un ton qui se fit mélancolique, doucereux et d’une profonde triste :
-Je ne sais pas ce que cela veut dire. Je n’ai aucune idée si je pourrais un jour te pardonner. Il se pourrait que oui, que je puisse te laisser reprendre ta place, comme tu oses si bien le dire, que je puisse un jour t’aimer…Mais, (Ma voix face à cette pensée devînt plus dure, glacée et pleine d’amertume) qui me dit que tu ne reprendras pas ce chemin ? Que tu n’iras pas encore essayer de te venger, de me faire souffrir en m’abandonnant ?! Je ne suis pas une de ces pauvres femmes qu’on peut abandonner des années avant, de revenir vers elles sans avoir peur des représailles. Je ne souhaite pas te donner une seconde chance pour que tu puisses mieux te défiler pour une vengeance ou un chemin qui t’es « tracé ».
J’ai l’ai repoussé, sentant le flot de haine revenir à l’assaut, mes sourcils se froncèrent et j’ai montré les dents, continuant avec sauvagerie :
-Je ne te comprends plus, Mihael, depuis que tu es parti, je n’arrive plus à te comprendre. Et m’imposer un choix ? Bon dieu, idiot ! Je n’ai jamais demandé la lune ou un palace ! Je peux me contenter d’un arbre et d’une panthère comme simples amis ! Tu dois bien avoir un arbre dans ton inventaire quand même ?! Ce que je veux, c’est ne plus souffrir, crois-tu pouvoir m’offrir cela ? Pouvoir remplacer cette envie de liberté qui m’anime ?
J’ai arrêté de parler, bégayant sur les derniers mots que j’aurais voulus prononcé. Tout au long de mon discours, je me disais que mes paroles n’avaient ni queue ni tête, mais que surtout, oui surtout, elles me faisaient désespérément mal, et que cette action de déverser une partie de mon sac entraînait celle de la tentation de lui dire l’autre partie ; qu’il me manquait, que je l’aimais encore, et cela m’étranglait, me faisait bégayer et trembler. Mon regard se tourna de nouveau vers la sortie de la ruelle, mon pied droit commença à bouger pour que je puisse filer comme une anguille, par réflexe de vouloir échapper à ce destin. Un léger murmure s’échappa de mes lèvres tandis que je fixais le sol, d’un air navré, ne voulant plus regarder son visage et les émotions qu’il pourrait ressentir.
-Je voudrais te dire que je t’aime encore, mais cela me briserait le cœur, et rien qu’à cette idée, je ressens déjà de la douleur…
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Posté Mer 8 Fév - 22:42
Il se prosterne, subit le divin courroux. Pour effleurer à nouveau ce bonheur perdu.
Chacun de ses gestes est un coup de poignard en plein cœur, un poison qui se répand peu à peu sur son espoir s’amenuisant. Cette fuite qu’elle convoite tant est une rivale qu’il a peur de ne pas savoir contrer. Et sa liberté, placée au-dessus de tout, brillant avec la force de la menace et de la rancœur, le paralyse tout entier. Il regarde avec un détachement douloureux ses coups d’œil furtifs, ses gestes amorcés pour s’échapper, pour s’éloigner de lui, encore. Ils sont comme des milliers d’aguilles tranchant, ébréchant la carapace de confiance qu’il aurait voulu se dresser. Parce que sa mauvaise foi, sa foutue fierté ne peuvent rien contre la réalisation, douloureuse et cruelle, qu’il l’a profondément blessée. Il aimerait soigner ses blessures. Si seulement elle pouvait lui octroyer cette chance… ! Si seulement elle pouvait le laisser à nouveau l’approcher, la prendre dans ses bras, calmer un peu cette âme tourmentée, apaiser cette colère tant méritée. C’est tout ce qu’il espère. C’est la seule lumière qu’il peut entrevoir dans les ténèbres glacées dans lesquelles il s’est plongé avec tant de haine.
Ses reproches l’assaillent et les interrogations le frappent, durement. Sa respiration se bloque, son souffle devient chaotique. La lueur de crainte, de douleur dans ses yeux n’a rien à envier au regard qu’elle lui lançait quelques instants plus tôt. Une faiblesse si courte, si ténue, vite remplacée par une dureté et une froideur qu’il ne supporte pas. Leur passé n’était pas tapissé de ces regrets, de ce mal à vif qui coule en elle. Leurs rapports n’étaient pas assombris par le venin de la trahison. Tout ce qu’il a fait distille entre eux le parfum de la méfiance, d’une supplique qu’il n’ose formuler. Parce que c’est une fois de plus sa fierté mal placée, poison mortel détruisant tout ce à quoi il tient, qui l’a mené là où il est. Il aurait pu choisir le bonheur. Simplement, si simplement. Il lui aurait suffi de tendre les bras, de tourner le dos à l’appel de cette vengeance démesurée, pour rester auprès d’elle. Il ne lui aurait fallu qu’un pas amorcé, pour fuir enfin ce monde qui les entravait. Pour goûter à cette liberté qu’ils voulaient tant, pour vivre enfin ces instants loin de tout. Mais il a balayé leurs rêves et sa confiance d’un mouvement. D’un abandon qui reste comme une marque indélébile sur les pages de leur histoire. Elle envahit le reste, grandit chaque jour, pour gommer peu à peu tous les instants heureux qu’ils ont pu passer. Mais en regardant Emraskia, il se surprend à remarquer qu’elle n’a pas tout oublié. Que ce qu’il lui dit peu avoir encore une valeur à ses yeux. Qu’elle peut encore l’aim…
Non. Il arrête ses pensées, se calme, essaie de forcer son cœur à reprendre un rythme normal. Son sang tourbillonne dans ses veines, donne une légère teinte à sa peau d’albâtre. Mélange d’espérance et de résignation. Douce torture d’incertitudes, de questions qu’il aimerait pouvoir balayer, remplacer par des certitudes. Mais il ne peut que lui offrir les restes de son âme déchirée, de son cœur écartelé.
« Je n’attends pas cela de ta part. Tu n’es pas de celles qui attendent sagement, qui mettent tout de côté pour attendre un homme qui les a trahi. Tu n’es pas de celles que l’on laisse derrière soi et pourtant, j’ai l’idiotie de le faire… Je me rends compte que tu ne me faciliteras pas la tâche, Emraskia. Mais je m’y attendais. Cela fait partie des nombreuses raisons qui font que je ne pourrais cesser de t’aimer, quoi que tu en dises, quoi que tu en penses. »
Un aveu fait du bout des lèvres, entre incertitude et tendresse. Il se livre à chaque fois un peu plus, se permet cette franchise qu’elle seule a pu voir, secret murmuré au creux de son oreille de si nombreuses fois. Il ne s’en cache pas, ne chercher pas à dissimuler la nature de ses sentiments. Il l’aime. Cela ne changera pas. C’est la seule constante de sa vie chaotique, le seul fait qui reste immuable, ancré dans son existence en tant que pilier essentiel. Cela a forgé son passé, son caractère parfois trop changeant. Il espère que cela l’aidera à construire son futur vacillant.
« Il ne me reste plus rien. Rien… »
Il secoue la tête, étouffe un rire nerveux. Douloureux et nostalgique. Sa gorge se serre, il se sent soudain étrangement las. Comme si le mélange de sentiments qui l’enveloppe vidait toute son énergie. Pour ne laisser passer que sa faiblesse, que les failles qu’il lui montre, sans avoir peur du jugement.
« Et pourtant, j’aimerais pouvoir t’offrir mieux. Je n’avais jamais imaginé cela. La vie dont je rêvais s’est échappée au moment où j’ai été contraint de fuir. Et au lieu de tout laisser se détériorer à petit feu, j’ai préféré tout saccager. » Un sourire désolé, un regard résigné, et il reprend. « Tu ne me comprends pas, bien sur. Moi-même, je me dis souvent que j’ai accompli le pire. Que je n’aurais pu faire de plus mauvais choix. Mais comprendre mes erreurs ne veut pas dire que je ne les ferai plus, bien sur… »
Sa voix semble voilée, comme submergée par un désespoir en demi-teintes, qu’il essaie de dissimuler tout en en montrant les contours. Son regard vacille, sans quitter l’orage bleu qui lui fait face. Il dévie d’une discussion déjà tracée, semble se chercher des excuses, observe ses erreurs avec un regret qu’il n’a plus osé formuler depuis si longtemps, maintenant. Mais elle éveille en lui ce qu’il peut y avoir de meilleur, comme de pire. Et il ne veut plus qu’elle voie cette sombre partie. Il veut que l’être qu’elle observera soit seulement celui plongé dans la lumière, celui qui pourra lui donner cet amour trop intense, trop douloureux, sans l’attacher à lui et à ses obsessions.
« Je suis prêt à tout, Emraskia, je te l’ai déjà dit. Je n’espère pas effacer ce qu’il s’est passé. J’en serais d’ailleurs bien incapable. Je suis également prisonnier, de mon côté, engagé. J’ai offert ma vie, tout ce qui m’appartient sans espoir de retour. Je me suis pris au piège moi-même. Mais cela ne change rien. Tout ce que je veux, c’est que tu m’accordes une chance, encore. C’est que tu me permettes de te montrer que je ne fuirai plus. Je crève de peur à l’idée que tu me repousses vraiment, que tu partes sans te retourner, comme tu aimerais tant le faire. Parce que moi, je n’ai plus cette chance. Je suis incapable de te tourner à nouveau le dos, de t’abandonner comme je l’ai fait si lâchement. »
Sa voix se fait plus douloureuse, plus basse encore, alors qu’il ne peut s’empêcher de se rapprocher à nouveau d’elle. Elle a beau le fuir, il revient toujours, inconsciemment, attiré vers elle, incapable de se soustraire à cet appel silencieux. Ses lèvres se posent doucement sur sa pommette, caressent la peau tendre et soyeuse, comme dans un abandon, comme dans une supplique.
« J’aurais aimé que nos retrouvailles se fassent autrement. J’aurais aimé revenir en étant digne de toi, en ayant une vraie vie à t’offrir. Je sais que tu ne te préoccupes pas de cela, que cela ne compte pas. Mais c’est toujours la même crainte déraisonnée, le même besoin dérisoire qui me ronge. Alors, si c’est ce que tu voulais, si c’est seulement ce qui compte pour toi, il reste bien une seule et unique chose que je suis toujours capable de faire. C’est de t’aimer, toujours, si ce n’est davantage. Et de te promettre de ne plus t’apporter aucune souffrance. »
Les promesses l’attachent un peu plus fermement à elle, le soulagent d’un poids qui lui courbait les épaules, lui broyait le cœur. C’est tout ce qui compte, à présent. Il n’a pas de magnifique manoir à lui offrir, pas d’argent à en jeter par les fenêtres, pas de nom glorieux à lui faire porter, pas de paradis sur terre à lui faire miroiter. Il y a seulement la certitude qu’il ne la lâchera plus jamais, qu’il ne laissera plus le fléau de la souffrance affecter celle qu’il place définitivement au dessus de tout.
Son orgueil bafoué se rebellera, bien sur. Il continuera cette folle entreprise, pour regagner ses droits, pour accomplir cette quête qu’il s’est fixée. Il se rachètera une réputation, reprendra enfin le rôle qui est le sien, triomphant, tous ensemble, de cette abomination qui leur a tout pris. Mais il sait que cela passera après le bonheur d’Emraskia. Il sait qu’il fera cela uniquement pour être enfin en accord avec une conscience affaiblie, avec un mirage qui s’enfuit. Sans se laisser, cette fois, happer par la satisfaction illusoire d’une vengeance.
Ses derniers mots le lacèrent, jettent une ombre nocive sur ses aspirations consumées. C’est à la fois une victoire et une défaite. Il aurait voulu se réjouir, être heureux de voir qu’elle peut l’aimer, à nouveau, comme avant. Mais son regard baissé, sa voix faible le font légèrement trembler, font agoniser les quelques parcelles de joie, pour mieux les remplacer par une volonté nouvelle.
« Ne me dis rien, alors. Laisse-moi seulement l’occasion de te montrer que tu n’as plus à avoir peur de souffrir. »
Son souffle sur sa peau se fait plus joueur et il glisse doucement vers son oreille, pour lui murmurer ces mots qu’il lui a tant de fois répétés, dans le secret de leurs rencontres.
Emraskia I. Karzavosky
"Y a pas à dire, la vie en sauce bolognaise, y a que ça de vrai." ▌ FLEURS ENREGISTREES: 17 ▌ INSCRIT(E) LE: 05/02/2012 ▌ ÂGE: 18
It's showtime, let's Rock! ▌ POUVOIR: Vecteur. ▌ DE QUEL CÔTE?: Indécis ▌ RELATIONS:
Posté Mer 8 Fév - 22:42
Je ne voulais toujours pas lever la tête, me cachant sous l’excuse de la rage et de la répugnance, que je ne souhaitais guère fixer son faciès au sourire séducteur. Mais la vérité était toute autre, je contenais tant bien que mal mes tremblements, fixant comme hypnotisée le sol de la ruelle, retenant ma pauvre respiration pour qu’on ne puisse percevoir que je suffoquais. Oui, la vérité était toute autre ; je ne voulais pas y lire la tristesse, ou même son désespoir qui transparaissait dans sa voix, sa délicate voix dont je savourais chaque intonation, chaque murmure, chaque souffle, je savais que je ne résisterai pas à l’enlacer, si jamais je regardais son visage trahissant de vives émotions, je savais que je serais perdue s’il s’avérait que nos regards s’entremêlent. Je ne veux pas chavirer, je ne veux pas…
Mon cœur se serra, remontant dans ma gorge, m’arrachant quelques lambeaux d’orgueil et de rage, de doute et d’incertitude. Mes poumons me font mal, comme enflammés par une vive lueur qui ne cessait de se ternir jusqu’au dernier instant, jusqu’à ce qu’un enchantement vivace et doux ne la réveille pour mieux l’attiser et lui donner cet aspect de délicate beauté se consumant éternellement, pour mieux ressusciter dans ses cendres rougeoyantes. Il m’aimait, encore. Je ne voulais pas l’entendre, j’aurais préféré continuer à ne pas douter, à m’enfermer dans la certitude qu’il se jouait de moi, qu’il n’en avait rien à faire. Mais sa voix, que j’adorais tant terrassait cette certitude dans un souffle violent et douloureux. Il m’aimait, et je sentis cet étrange espoir que j’avais fait taire à jamais, enterrer sous des montagnes de larmes refoulés, de terrible fureur, renaître. Faible, je me sentais faible et démunie, à peine prise au dépourvu, seulement soulagée. Je me haïssais, je me détestais pour cette profonde agonie et cette renaissance qu’était l’espoir et l’amour que je lui avais tant de fois offert.
Ma mâchoire se contracta, je tentais de contrôler cette vague de rage qui commençait à bouillonner dans mes veines. Moi qui avait passé tant d’années à contrôler cet aspect sauvageon de ma personne, l’atténuant à son maximum. Je me rendais compte qu’il ne servait à rien de s’énerver, que je devais faire preuve de pragmatisme et de calme pour gérer ces problèmes. Oui mais qu’est-ce que c’était difficile, bon sang ! La complexité de la chose rendit mon regard plus dur, tandis que je me concentrais sur ses paroles et en même temps sur ma colère qui me hurlait de le frapper puis de m’enfuir, pour revenir m’endormir sous le vieil arbre de notre jardin, en détruisant son souvenir. Mais à quoi servait-il d’ainsi résoudre les problèmes ? Je sentais que je serais encore plus torturée par les remords et les regrets, tout le long de ma vie.
« Il ne me reste plus rien. Rien… »
J’ai osé lever mes yeux vers les siens, tout un monde s’éveilla, en ébullition face à son visage perdu et douloureux, toutes ces émotions transparaissant par mon corps tendu et arraché dans un dilemme qui, d’un côté me hurlait de le serrer contre moi et de rester avec lui, et de l’autre me montrait cette souffrance endurée durant tant d’années. Il s’agissait toujours du même problème ; ma stupide fierté qui ne voulait se plier face à mes faiblesses. Immobile, tendue au plus haut point, j’écarquillais mes yeux pris d’une émotion sans nom, mêlant tous ces sentiments que je voulais taire à jamais.
Je n’aimais pas le voir ainsi, si faible et désarmé, lui qui me paraissait si unique et illusoire. Il s’agissait là d’une réalité me donnant des frissons, d’angoisse et de douleur. Je me sentais fautive, comme si cette colère que je ressentais à son égard me paraissait injuste. Peut-être était-ce le cas ? Peut-être que je l’ai jugé sans prendre en compte ses raisons ? Oui, il s’agissait bien là du problème, je lui faisais mal sans m’en rendre compte, sans savoir toute sa fragilité, il n’était plus le même, depuis tant d’années, il avait changé…
Ses aveux m’allèrent droit au cœur, celui-ci n’étant plus embaumer par cette rage déformant ma vision des choses. J’essayais de le comprendre, et je me sentais plus fragile et tremblante sans cette flamme de fureur qui me donnait une telle confiance en moi. Je sens la certitude dans sa voix, et une pointe de désespoir, lancinante et percutante, m’arrachant encore des lambeaux d’orgueil, de ce barrage épais et ultime que je voulais conserver. Il se dit prêt à tout, et le fait de le voir autant acculer que moi me rend malade. Je n’avais pas pitié, je ne ressentirais jamais de pitié à son égard, car il est ce qu’il est, et je l’aime ainsi, qu’importe ses choix, bien qu’ils soient douloureux à subir. Lui laisser une chance, j’aurais tant aimé, mais dès que je voulais murmurer cet aveu, je sentais mon corps s’enflammer d’un poison étrange, me murmurant d’une voix dont la rage avait peine à être contrôlée ; il t’a abandonné, il t’a trahi, il t’a laissé dans une solitude ressemblant à la pire des tortures, il serait si faible de lui redonner la chance de recommencer. Et je ne pouvais pas, partagée dans cette dure tension de mon âme et de mon cœur entremêlé, au point qu’il me venait parfois à l’idée qu’il serait préférable de me tuer.
Je sentais mon corps se glacer tout comme il s’enflammait, dans une danse de frustration et du désir de succomber, mêlée et tortueuse, les deux camps se griffant et se chamaillant sauvagement, et dont les arguments ne cessaient d’être à égalité. Ses lèvres sur ma joue m’arrachèrent cette explosion de joie et de fureur silencieuse, que j’aurais été ravie d’étrangler…A mes limites, l’injuriant dans mes pensées de revenir si près de moi, je fis un effort surhumain pour calmer le combat enflammé qui s’opérait en moi, afin de laisser mon visage stoïque et impassible face à cette action.
Ses paroles murmurées firent plus d’effet encore que celles dites à voix haute, dans un geste désespéré. J’aurais tant aimé le croire, tant penser à ses promesses d’amour inconditionnel qu’il me promettait. Mais il s’agissait toujours du même problème, ma stupide fierté. Oui, je le répète, pourtant il s’agit de quelque chose de si stupide qu’il vaut mieux le rabâcher, pour enfin y remédier. Si simple et si difficile à taire…Je voulais croire dans le fait qu’il ne me ferait plus souffrir, un doute s’installa en moi, s’enracinant peu à peu, brisant davantage mes remparts soigneusement construits. Revenir vers lui, le laisser reprendre sa place promettait tant de bonheur et joie, et en même temps un futur brumeux dont on ne connaissait pas la fin. Craintive de ce destin inconnu, ma rancune me hurlait de ne pas le laisser faire, qu’il s’avérait peut-être possible qu’un jour il m’abandonne, encore. Et je ne le supporterai pas, plus jamais.
« Ne me dis rien, alors. Laisse-moi seulement l’occasion de te montrer que tu n’as plus à avoir peur de souffrir. »
Ces derniers mots me firent trembler sur place, me redonnant cette nouvelle impression de brûler et en même temps de me glacer. Je voulais le repousser, mais aussi rester près de lui, succomber à cet amusement qu’il adorait tant utiliser. Pourtant, butée comme je l’étais, je préférais lui offrir ce sourire carnassier que je lui donnais, lors de nos anciennes rencontres, celui de défi qui échappa à mon attention accrue de ce que je pourrais laisser entrevoir, depuis nos retrouvailles. Il s’effaça immédiatement, pour laisser mon visage de glace.
Je ne savais guère quoi répondre, d’un côté, je voulais lui laisser une seconde chance, qu’il revienne à mes côtés. Oui, je viens de remarquer que j’étais lasse de cette solitude, ennuyée de n’avoir plus personne à qui parler, à qui confier mes rares peurs – sans compter Hydrachkya, évidemment. Mais d’un autre côté, mon orgueil semblait bien catégorique : qu’il crève dans son trou ce pauvre chien galeux ! Ne lui laisse pas une autre chance, à cet idiot fini !...En plus, il ne m’aidait pas, à rester ainsi près de moi.
Je me suis échappée furtivement de cette étrange étreinte pour m’avancer lentement vers la lumière de la ruelle, la liberté, à quelques pas seulement…Mes lèvres tremblèrent. Je voulais tant rester dans cette illusion de bonheur, où je n’avais besoin de personne, et surtout pas de lui. J’aurais tant aimé qu’il ne s’agissait que d’un rêve dont j'allais bientôt me réveiller, dans mon doux lit moelleux, en compagnie de la panthère. Un soupir inaudible s’échappa de mes lèvres, mes épaules s’affaissèrent. Ce n’était pas un songe, le froid mordant transperçant aussi bien mon corps que mon cœur était bien là, me donnant la chair de poule. Mon regard glacé fondit, tandis que je lui tournais le dos. Ma voix retentit, légère :
-J’ai faim !
Dans un hurlement silencieux provenant de mon âme lamentablement déchirée, je me suis retournée, mes yeux prient d’une teinte mordante et vengeresse :
-Je te préviens, s’il s’avère que ça arrive, je te poursuivrais pour mieux massacrer ta fichue face !
Cette menace dite aussi simplement me permettait d’adoucir les deux camps de mon esprit ; ma fierté et ma faiblesse pour Mihael. Je revins vers lui d’un pas traînant, grommelant des insanités dans ma barbe sur ma foutue générosité, sur ce foutu mec, et sur ma putain de fierté ! Bâtard, tu as peut-être gagné une bataille, mais tu n’auras pas la guerre, je peux te l’assurer ! Cette bravade me soulagea, me remettant d’aplomb, détruisant ma fatigue face à seulement une vingtaine minutes à discuter. Oui mais c’est qu’il était épuisant, le Mihael ! Revenant d’ailleurs à celui-ci, sans le regarder mais avec un léger sourire aux lèvres, j’ai continué d’une voix stoïque et plate, mais masquée sous une gourmandise non feinte :
-Un nouveau restaurant a ouvert dans la rue commerçante. Je vais l’essayer, bien que je n’aie rien pour payer…
Mes yeux se plantèrent dans les siens, dans une demande silencieuse qui ressemblait plus à un ordre ; donnes moi à bouffer. Pourtant, dieu sait que je ne voulais pas faire face à ses deux merveilleux rubis qui ne cessaient de me percer. Je trouvais ça frustrant, déstabilisant, blessant et terriblement attirant. Encore un tour à lui que je classais dans le dossier ; à rendre au centuple. Ma main prit une mèche de mes cheveux pour s’amuser avec, un tic nerveux témoignant de mon agacement et de mon arrogance bafouée.
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Posté Mer 8 Fév - 22:43
De défaites, de victoires. Sans s’aveugler encore avec la lumière de l’oubli.
Un léger sourire joue sur son visage, pour s’épanouir, gagner une luminosité à demi victorieuses. La crainte le laisse un instant de marbre, étouffe tout ce qu’il peut y avoir de raisonnable en lui pour paniquer face à son dos qui se tourne, à Emraskia qui s’éloigne. La simple idée de l’avoir définitivement perdue lui fait serrer les dents, obstrue sa gorge, glace son sang dans ses veines. Et la libération de sa voix légère, de cette phrase si incongrue dans leur discussion enflammée lui arrache un éclat de rire. La nervosité qui maintenant son corps en otage semble peu à peu s’évaporer, le laisser regagner de sa souplesse, de sa nonchalance. Il sent que l’orage est passé. Que les nuages se sont éloignés, un peu, pour permettre à la lumière de filtrer. Mais il sait aussi que leur fuite peut être trop courte, que le courroux de ce ciel sombre peut revenir à tout moment, pour anéantir ce qu’il commence peu à peu à reconstruire. Il voit les limites qui sont posées, invisibles aux autres, luisant pour lui d’une façon menaçante. Il écoute sa mise en garde, ne perd pas cette confiance placide, teintée d’espoir.
Seul un premier pas a été fait. Dérisoire, si faible, presque inexistant. Mais Mihael sent que le reste peut aussi reposer entre ses mains. Il se sent terrifié par ce doute qu’elle lui accorde, partagé entre la peur maladive de tout gâcher et la joie d’avoir retrouvé une partie de son univers. Courber la tête devant elle, lui promettre ce qu’elle veut tant lui semble bien peu payé face à ce qu’il a fait. Il en est conscient, réalise que le plus difficile restera à faire. Mais Emraskia a toujours été un défi. Semblable à un félin, lui échappant à chaque fois qu’il s’en sentait le plus proche. Ce jeu a toujours duré entre eux, s’étirant dans les journées sans fin qu’ils partageaient, dans les moments qu’il se remémore toujours avec tendresse et mélancolie. Ici, le jeu devient concret, réel. Ils ne sont plus deux enfants s’amusant, deux adolescents se découvrant. Ils sont deux adultes qui se sont déchirés, qui se sont aimés, qui se retrouvent, encore et toujours, pour recommencer ce cercle sans fin.
Cette fois, il y mettra fin. Il ne laissera pas leur ronde infinie approcher encore une fois l’abandon et la défaite. C’est un dernier tour qu’ils se sont offert, une dernière danse au goût d’interdit et d’amertume, avant qu’il n’ouvre définitivement les yeux et ne retienne entre ses doigts entrouverts ce qui compte le plus. Il a beau s’amuser, se rire d’un rien, il ne cédera plus à une facilité qui lui a arraché ce qui comptait tant pour lui. Il ne se détournera plus.
« -Un nouveau restaurant a ouvert dans la rue commerçante. Je vais l’essayer, bien que je n’aie rien pour payer… »
Clap. Fin de la séquence émotion. Il étouffe un rire, s’empêche d’aller la rejoindre pour lui ébouriffer les cheveux. A la place, il calque son pas sur le sien, la suit, sans prêter garde à une foule qu’ils retrouvent à nouveau, échappés de ce cocon qu’ils se sont formés, loin du monde extérieur, loin d’un tumulte qui aurait empêché ces retrouvailles mouvementées de se faire. Il contemple son profil harmonieux, secoue la tête face à ces paroles si naturelles, si éloignées de cette jeune fille noble qu’elle devrait être.
« Oui, c’est le privilège des jeunes filles de bonnes familles de se faire offrir le repas. »Il baisse la tête vers elle, étouffe un ricanement. « Tout comme c’est à ton habitude de penser avec ton estomac. »
Sa voix est empreinte d’une tendresse moqueuse, de la douce ironie qu’il emploie face aux personnes qu’il apprécie. Il retrouve peu à peu son sourire confiant et serein, son attitude un brin blasée, semblable à un gentleman écarté du droit chemin. Quelque part, il se sent nerveux, en colère contre lui-même de s’être tant laissé aller. Mais cacher ce qu’il ressentait à Emraskia a toujours été impossible. Ses mensonges n’ont jamais été que de la poudre aux yeux, une attitude pour mieux fuir le monde qui l’entourait. Il n’abandonne pas si facilement son attitude cynique et arrogante. Il ne se permet cet écart, cette sincérité qui l’étouffe, qui le meurtrit tant à l’intérieur que pour réparer ses erreurs. Il assume ses faiblesses, se fait un bouclier de ses peurs, de ses sentiments. Jouant sur le faux et le vrai, déclamant ses sentiments sans aucune peur, sans aucune hésitation. Sa fierté s’échappe, s’enfuit dès qu’il touche au domaine des émotions. Pourquoi lutter contre un sentiment qui l'amoindrit, qui dissimule tout ce qu’il lui faut ? Sa vanité distraite n’a pas sa place, ici. La voix qui chamboule toutes ces actions, qui crie sans relâche un refrain cruel dans sa tête se tait, s’oublie dans les méandres de ses troubles enchantés. Il se refuse à l’entendre, tout simplement.
« Mais je serais évidemment ravi de t’y mener. Qui sait ce qu’il pourrait t’arriver si tu t’y rendais seule… »
Un sarcasme un peu voilé, jeté l’air de rien alors qu’il détourne le regard vers les boutiques qui s’alignent, un sourire en coin jouant sur son visage. Il ne peut s’empêcher à chaque fois de vouloir la taquiner, de réveiller un peu ce caractère bien trempé. Il se rappelle de la jeune femme sure d’elle, arrogante et presque sauvage, qui l’avait tant séduit. Elle était si éloignée de ce monde qu’il avait l’habitude de côtoyer, si encline à perdre son calme et à lui jeter ses quatre vérités au visage sans s’embarrasser de pincettes. Pour elle, il avait été prêt à abandonner cette voie tracée pour lui, prêt à mettre fin à des accords qui le liaient depuis toujours, prêt à laisser Alaizabel de côté, à se consacrer uniquement à cette vie qu’il voulait lui offrir, à ne penser qu’à elle, à n’articuler son monde qu’autour d’elle. Il n’avait même pas eu le temps d’y réfléchir, de se poser des questions tant ses sentiments lui paraissent évidents. Naturels. Une flèche décochée en plein cœur, un cliché dont il se riait et qu’il s’amusait à s’imaginer. Il n’avait jamais essayé de fuir ce qu’il ressentait pour elle, n’avait pas renoncé à faire en sorte qu’elle éprouve la même chose.
Les souvenirs qui affluent le rendent nostalgique, heureux. Il remarque que malgré les changements, malgré cette réalité qui l’a happé trop tôt, malgré ce monde qui l’a corrompu, qui a fait de lui cet être qui se tient à ses côtés, cela ne s’altère pas. Tout ce qui la concerne, qui les concerne, est resté intact, immuable malgré le temps qui passe, malgré les blessures qui font surface, malgré leurs rêves qui trépassent. Il s’en réjouit et s’en étonne à la fois, incapable encore de réaliser de quoi sera fait son futur, de ce qu’ils pourront à nouveau encore partager.
Son regard sonde les alentours, regarde un peu partout pour essayer de retrouver un élément familier. Il retient une légère grimace, en remarquant qu’il ne sait pas où il est, qu’il dépend uniquement d’elle, qu’il ne peut qu’aller là où il la mènera. En l’observant à nouveau, il ne peut s’empêcher de se demander à quel point leurs routes sont éloignées. A quel point leurs idéaux divergent, à présent. Leur vision du monde ne se résume plus à ces moments passés ensemble, aux images qu’ils avaient de l’extérieur, d’un monde recelant en son sein une guerre cruelle, sans jamais réellement s’imaginer qu’ils puissent être concernés. Le danger qu’il court à chaque fois est devenu une habitude dont il s’amuse, un jeu mortel et fascinant dont les règles lui échappent parfois. Les doutes font désormais partie de son monde, la méfiance est devenue une maîtresse sure et prévenante. Pourtant, il ne peut se résoudre à douter d’elle. Les fugaces pensées qui le mèneraient vers une possible trahison, vers une vengeance plus cruelle encore que l’abandon et la fuite s’éteignent. Il ne veut pas laisser de douloureuses insinuations briser ces moments qu’il gagne petit à petit, qu’il espère, pour la suite, plus nombreux.
Il est en sursis. Enveloppé d’un doute tenace, qu’il aura bien des difficultés à faire partir. Il a cessé de se débattre, de faire des gestes inutiles, encombrants, qui ne feraient que les blesser au lieu de l’aider. Mais il ne peut s’empêcher de revenir à ses tristes habitudes, comme toujours.
« Dis-moi, c’est encore loin ? Tu es sure que tu ne t’es pas perdue ? »
Il marmonne un peu pour la forme, regarde autour de lui sans même essayer de s’y retrouver. La notion du temps lui échappe, se dilue entre tous ces êtres qui les contournent, qui passe à côté d’eux, les bousculent parfois. Son impatience fait battre son pouls un peu plus vite, craquelle sa sérénité. Il n’aime pas être entouré par ce monde. Il veut se retrouver à nouveau seul à seul avec elle, loin de ces individus qui le gênent plus qu’autre chose. Un soupir, un regard. Et il suit le chemin qu’elle lui impose, une fois de plus.
Emraskia I. Karzavosky
"Y a pas à dire, la vie en sauce bolognaise, y a que ça de vrai." ▌ FLEURS ENREGISTREES: 17 ▌ INSCRIT(E) LE: 05/02/2012 ▌ ÂGE: 18
It's showtime, let's Rock! ▌ POUVOIR: Vecteur. ▌ DE QUEL CÔTE?: Indécis ▌ RELATIONS:
Posté Jeu 9 Fév - 23:48
Son rire éclatant dans la ruelle dans un écho heureux me soulagea, tout comme il me fit enrager…Généralement je faisais preuve de snobisme face aux personnes se riant de moi ou osant seulement pouffer face à mes actions et mes paroles, leur montrant bien là qu’il valait mieux se montrer sage et ne rien dire. Mais il s’agissait de Mihael, vous savez ce que cela signifie ? Non ? Allons, vous êtes vraiment idiots pour ne pas avoir au moins une petite idée ! Je pris une grande inspiration qui se termina en un soupir exaspéré. Je détestais le voir me rire au nez, comme s’il se moquait de moi. Je savais que c’était faux, pourtant je gardais cette hypothèse à l’esprit par simple peur de me tromper, ce qui aurait doublement atteint ma fierté mal placée avec comme mots d’ordre « si j’avais su » ou encore « si j’y avais pensé avant ». En clair, des choses peu radieuses et qui m’auraient détruite sans discernement. Cependant, j’aimais aussi entendre son rire. Haïssant le voir souffrir, entendre son bonheur me réchauffait le cœur tout comme il me le glaçait. J’aurais aimé rire, moi aussi, seulement je ne pouvais pas, mes lèvres ne s’ouvraient pas, mon sourire ne s’étirait pas, seule une mimique impassible et déroutante, seul un imperturbable regard glacé sur mon visage anguleux. La volonté, oui, celle dont j’affichais d’habitude la gigantesque proportion avec fierté s’ébranlait tel un château de cartes face à cette situation m’exaspérant tant que j’aurais voulu la déchirer sans discernement. Je n’arrivais pas à me laisser aller, cet être empoisonnant de la prudence et de l’orgueil m’emprisonnait entre ses griffes, me susurrant toujours ces mots réveillant ma fureur et ma haine, ma peur et ma solitude face à Mihael. Rien n’y faisait, qu’importe qu’une part de moi souhaita tendre la main à cet homme, elle serait toujours retenue par une chaîne noircie par les années, une chaîne qui ironiquement, devenait l’allégorie de l’envie de liberté. Oui, la liberté. Toujours et encore ce ciel sans nuages, cette infinité de choix sans contraintes, cette absence de douleur et de vice. La liberté que j’ai tant aimé respirer. Penser un seul instant que je pourrais la perdre m’apeurait et me désorientait. Je ne pouvais pas la laisser partir, je ne pouvais pas m’enfermer dans une cage à attendre avec crainte une nouvelle blessure en mon cœur, causée par le même homme…Miha’, ce que j’ai envie de te botter le cul, putain.
« Oui, c’est le privilège des jeunes filles de bonne famille de se faire offrir le repas. Tout comme c’est à ton habitude de penser avec ton estomac. Mais je serais évidemment ravi de t‘y mener, qui sait ce qui pourrait t‘arriver si tu t‘y rendais seule. »
Crois-moi, c’est le restaurant qui aurait du soucis à se faire en me voyant arriver, et non l’inverse. J’ai grincé des dents à cette remarque, serrant les poings tout en avançant afin de déboucher sur la grande rue. Ce genre de petites agressions aurait très bien pu glisser sur mon orgueil, mais venant de lui, il s’agissait d’une attaque qui ne pouvait rester impunie. La différence entre ces nobles gras et idiot et Mihael, quand il s’agissait de me provoquer était peut-être la façon de s’y prendre. L’un m’observait d’un air si hautain qu’il en paraissait comique, tandis que l’autre utilisait tout un assemblage de gestes et de sourires pour me faire perdre mes moyens. On aurait dit qu’il avait passé sa vie à s’entraîner afin de me faire sortir de mes gonds. Sa voix, son regard et sa posture correspondaient à merveille avec la remarque qu’il voulait faire transparaître. Si celle-ci était ironique, ses mots se détachaient avec une fluidité légèrement grave de ses lèvres étirées en un demi-sourire moqueur, paraissant presque charmeur et intime, ses yeux étincelant d’une malice légèrement usée, le rouge de son regard fondant face à la chaleur du rire. Je l’ai observé du coin de l’œil, afin de vérifier cela, bien qu’il fût derrière moi, et je ne me suis pas trompé. Un soupir silencieux s’échappa de mes lèvres, presque défaitiste ; je me rendais compte que je ne le connaissais que trop bien, malgré ces années passées en son absence. Cela me rendait furieuse, et plus j’étais furieuse plus je lui donnais facilement sa victoire. Sans le regarder, je répondis d’un ton menaçant, d’une voix sauvageonne :
« Au moins, mon estomac sait se taire quand il le faut, lui. Il est vraiment de meilleure compagnie qu’une certaine personne ! »
Dire ce genre de choses ne servait à rien, je le savais, mais il me permettait d’alléger le poids de mon ressentiment et de mon agacement, il me permettait de garder le contrôle et de ne pas me fragiliser. Je ne souhaitais surtout pas…Paraître faible. Question d’éthique. Mon orgueil toisa d’un regard menaçant l’autre camp de mon âme, bafouée et espérant. Il n’allait jamais se taire, je ne voulais pas qu’il se taise, qu’il laisse libre cours à cette âme sentimentale et désireuse. J’ai levé le menton, d’un œil fier. Je me battrais oui, je me battrais pour ne plus tomber dans les souvenirs que nous avions partagé, dans l’envie éternelle de le retrouver.
Le bruit détonnant dans la grande rue ne me disait rien qui vaille. Je sentais la chaleur des corps se bousculant, l’air irrespirable d’une trop grande foule. Mes yeux saphirs se plantèrent dans cet amas humain, dans ces gens de passage aux mines grimaçantes ou énervées. Aucun espace entre leurs corps, juste un train, des pieds se calant sur le même rythme, se frottant sur le pavé d’une démarche traînante, à la même vitesse constante et agaçante. Mon cœur se serra, imitant mes mains et ma mâchoire. Mes yeux se firent de glace, mais je ne dis rien, gardant ma respiration lente. Pourtant, dieu sait que j’aurais préféré attendre là, plusieurs heures durant avant d’aller rejoindre cette populace. Je ne me sentais pas bien, trop serrée, incapable de m’échapper. Mais Mihael était là, et je ne voulais pas lui laisser le plaisir de se moquer de ma peur de la foule ! Déjà que moi, je me trouvais irrécupérable dans ces moments là…
Je sentis le regard pourpre sur ma nuque, mon orgueil me hurla de m’engager dans cette marée étouffante. D’un pas félin, je le suivis, dans ce cauchemar exécrable de corps collés, de respiration haletante et de muscles contractés. Rien ne comptait plus, sauf le désir de cacher mes faiblesses à Mihael. Alors, je subissais la foule, sans broncher, irritée par ces bousculades, irritée par ce regard tant de fois désiré, fixé sur ma nuque…D’ailleurs, pourquoi restait-il derrière moi celui-là ?! Était-il devenu un chien ?! J’ai levé les yeux au ciel, priant pour que ce cauchemar s’achève, priant pour retrouver un semblant d’espace vital et d’air respirable. Ma démarche s’accéléra, je sentis la sienne derrière moi, je sentis sa présence, chamboulant mes défenses, titillant mon agacement. Je comptais les minutes, les secondes, maudissant mon stupide orgueil de m’avoir mené dans ce labyrinthe de corps agglutinés.
Les magasins changeaient de décor, les fumets sortaient des restaurants, éveillant mon ventre hurlant famine. Pourtant, on continuait cette marche silencieuse, sans s’adresser un mot, lui derrière moi, moi fulminant de toute part face à tant de monde et à son comportement. Rester derrière, s’imaginait-il que j’allais m’offenser de sa présence à mes cotés ? Remarques, je ne souhaitais pas qu’il voit la légère lueur d’agacement et de panique face à cette situation désespérée, face à cette inutile agoraphobie que j’aurais voulu étrangler. Pourquoi m’étais-je mis dans un bordel pareil ? Pourquoi ne mettais-je pas enfui en le laissant derrière moi ? Pourquoi n’arrivais-je pas à l’oublier ? Pourquoi m’énervait-il tant ? J’avais une petite idée de la réponse à ces questions, mais je ne voulais pas y faire face. Non. Je préférais bouillonner de l’intérieur, attendre que cette vérité se consume et se voile sous des montagnes de haine et de fierté à son égard. Je ne devais pas faiblir, je ne le pouvais pas. La peur de souffrir à nouveau, la peur de perdre ma liberté, la peur de perdre cette lumière qui elle, ne me laisserait jamais tomber. Oui, j’étais effrayée à l’idée de souffrir à nouveau d’un abandon, et la simple idée que je puisse trembler face à cela me faisait enrager. J’aurais aimé revenir sur ma décision, même si cela revenait à le perdre à jamais, mais je ne souhaitais plus me soucier de ce regard fixer sur ma nuque, de l’idée que l’être le plus cher de mon monde, puisse repartir à nouveau.
« Dis-moi, c’est encore loin ? Tu es sûre que tu ne t’es pas perdue ? »
Un déclic. Une envie de meurtre. Un désir de frapper ce visage trop attirant, de griffer ses lèvres. Je mordis les miennes, mes yeux prenant une lueur assassine tandis que je me retournai avec vivacité, lui faisant face, hurlant presque ces paroles d’une voix arrogante :
« Moi ? Me perdre ?! Non mais je ne suis pas toi ! Je sais me situer, comparée à toi. Tu es si pressé que ça de payer ?! Fermes-la et suis-moi au lieu de te plaindre. Pire qu’un gosse ! Et arrêtes de marcher derrière moi, à ce que je sache tu n’es pas mon chien même si t’en as l’air avec ta perruque blonde ! Et puis, je ne suis pas encore assez grosse pour prendre toute la place dans cette rue, alors autant marcher à côté, ça m’évitera de devoir te rechercher dans la foule car tu t’es perdu et de devoir supporter ta crise de larmes ! »
Ca m’irrite. Il m’irrite. Ca m’irrite. Il m’irrite. J’aurais aimé le frapper, j’aurais aimé quitter cette foule, continuer ainsi à lui envoyer des piques, à savourer ces attaques sans valeurs. Ca me défoulait, me calmait tout en me mettant en fureur. Ca m’irrite. Il m’irrite. Surtout qu’il avait touché un point sensible ; je m’étais belle et bien perdue, mais je semblais trop fière pour l’avouer, surtout à Mihael, il en aurait profiter pour rigoler et je ne voulais surtout pas…qu’il se moque de moi et de mon sens de l’orientation ! La foule amenuisait mes capacités de réflexion, m’empêchant de me souvenir du chemin exact, je savais juste que je voulais partir de cette rue, que je voulais retrouver un espace digne de ce nom, un espace où je pourrais courir et grimper à un arbre, puis dormir, oh oui, dormir en mangeant une pomme…C’est simple, mais si plaisant à ressentir. Une goutte, deux gouttes. Oh, super ! Il pleut maintenant. Ca va arranger les choses dis-moi.
J’ai grincé des dents, continuant de le fusiller du regard, mes cheveux argent s’humidifiant peu à peu, mon visage devenant trempé. L’averse dispersa légèrement la foule, me permettant de reprendre un peu d’air et de m’apercevoir d’une rue adjacente, amenant à un petit square que je connaissais bien. Cependant, je ne voulais pas quitter ce regard sanglant, peut-être trop happer par cette couleur insatiable, ou bien peut-être par fierté de ne pas lui laisser gagner cette manche. Mes vêtements mouillés me ramenèrent à la réalité, mais la fureur bouillonnant en moi ne me faisait pas ressentir la froideur de l’hiver. Mihael me faisait sortir de mes gonds, avec seulement quelques mots, mais je ne voulais pas lui donner raison, jamais ! J’ai finalement grogné, reprenant une certaine impassibilité tout en montrant d’un signe de tête le parc :
« Changement de programme, on va manger là-bas. »
J’ai commencé à m’engager dans la ruelle, quittant cette foule, ce cauchemar ambulant pour retrouver le silence et un semblant d’espace. Je pris une goulée d’air, ne me permettant pas de vérifier si Mihael me suivait ; je sentais son regard dans mon dos. J’ai relevé le menton, fixant un point dans le petit parc duquel nous nous approchions. Un point devenant un trait noir et poilu, se mouvant avec lenteur dans un arbre n’ayant pas encore perdu ses feuilles. Je me suis approchée furtivement, mais ce n’était qu’un simple chat noir qui s’enfuit en me voyant arriver. Mon regard s’assombrit. Il était futile de croire qu’Hydrachkya pouvait être ici, dans ce parc, même si j’avais besoin de lui et de sa présence.
L’eau gouttait sur les quelques feuilles de cet abri, perlant légèrement sur mes cheveux sans que je m’y intéresse. Je ne préférais pas me retourner pour observer Mihael, souhaitant plutôt garder mon sang-froid coutumier, un semblant de froideur à son égard, bien que ses yeux me manquaient. J’avais l’impression de vivre un rêve, bon ou mauvais, peut-être les deux, un songe qui aurait pu s’effacer d’un instant à l’autre. Je commençais à réfléchir en silence à la fenêtre sur laquelle reposait parfois une délicieuse tarte aux pommes. Je souris à l’idée de devoir à nouveau grimper sur l’arbre maigrichon, dans une position dangereuse afin de la piquer à la cuisinière pour ensuite courir me réfugier dans le parc, sur un arbre plus accueillant. Un léger sourire simplet se dessina sur mes lèvres, mon regard illuminé d’une lueur gourmande ; j’avais vraiment faim. Mes yeux se fixèrent sur la dite fenêtre, le met divinement posé dessus, encore chaud.
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Posté Ven 10 Fév - 23:04
Chutes, repentirs. Et sous les rires d’avants, sommeille une liberté bannie.
Un sourire, encore, encore, pour s’empêcher de seulement la serrer dans ces bras, de chasser ce sentimentalisme à toute épreuve, déroutant. Il a envie de rire, parce qu’elle ramène avec elle la marée de sentiments impossibles à contrôler, comme avant, indomptables. Comme tout ce qui la concerne, c’est là, ténu au début puis ça prend de l’ampleur, ça submerge tout le reste et il a envie de se laisser porter. Il n’est qu’une marionnette, entre les vagues déchainées de ce qui l’assaille, dans ce monde où il ne se crée comme point d’ancrage que les yeux bleus, bleus, trop bleus et les cris qui le ramènent à la réalité.
Il se retient de simplement s’avancer vers elle pour prendre sa main et continuer le chemin ensemble et se contente, à la place, d’enfouir ses mains dans ses poches et de sagement rester à côté d’elle. Excellente décision puisqu’il sait parfaitement qu’elle peut monter sur ses grands cheveux pour des futilités de ce genre. Quand ça le concerne, l’excès n’est jamais loin, tout explose et quelque part, avoir ce contrôle des plus aléatoires, ça le ravit, ça le fait frissonner, comme un gosse qui est heureux d’avoir de l’attention. Il fixe son visage buté, à côté de lui, s’amuse de voir qu’elle se montre toujours aussi facilement irritable et se félicite, comme le type moqueur et emmerdant qu’il est resté, d’en être la cause.
« Ne retiens pas ta voix mélodieuse, Em’ et n’hésite pas à exprimer ta rage envers moi ! »
Il se décale un peu, dans un rire mesquin, pour éviter de se prendre un éventuel coup et calque son pas vers le sien. Un, deux, un, deux. Un rythme apaisant alors qu’il la sent tendue, à ses côtés. Ses moindres craintes, ses moindres peurs, rien ne lui échappe. Il la connaît trop bien, malgré le temps qui a passé, malgré la poussière qui a quelque peu rôdé la machine de leurs sentiments et qui trime à ne pas s’essouffler, à ne pas s’enflammer trop vite, trop tôt et lui, lui, a envie de souffler sur les braises, de la convaincre de lâcher prise. Parce qu’il a changé, d’une façon ou d’une autre et il l’a vu, ce qu’il avait perdu, ce qu’il lui manquait. Ce qu’il essayait en vain d’attraper pendant tout ce temps. Ce qui lui a souri, au coin d’une ruelle et il secoue la tête parce que c’est presque trop beau. Ses yeux ne quittent pas son profil, songeurs. Ils perdent un peu de leur lueur malicieuse, se parent d’une touche de rêverie qui lui donne pour une fois un air sérieux. Concerné. La pluie le fait doucement cligner des yeux et il la voit, nerveuse, il sent le changement de situation, son habitude à fuir et à ne pas accepter ses erreurs. Il s’empêche de le lui faire remarquer et acquiesce, décidé à se tenir à carreau, au moins pour un court moment. On n’est jamais trop prudent, hm.
« A tes ordres. »
Sa voix est légère, un brin ironique et pour compenser, il lui fait son plus beau sourire. Le parc apparaît peu à peu et il ne s’en étonne pas. Emraskia a toujours aimé ce genre de lieux, reculés de la foule qu’elle exècre, des endroits où elle a l’impression, ne serait-ce qu’un peu, de ne pas avoir d’obligations. Il suit son regard, vers la petite boule de poils et sent un lent frisson le parcourir, première crainte. Il voit dans ses yeux qu’elle aussi pense à Hhydrachkya. L’envie de se faire découper en petit morceaux ne l’enchante pas et il regarde du coin de l’œil le chat s’enfuir.
« Ta bestiole n’est pas là, au fait ? »
Un regard autour de lui, histoire de totalement s’en assurer. On ne sait jamais, un regard menaçant dans un coin, un coup de patte par-ci par-là et la panthère ne serait pas aussi compréhensive que sa maitresse. Il feint d’ignorer le bruit de l’estomac de la jeune femme et détourne la tête dans un petit sourire. Il aurait certainement été plus facile d’aller dans un quelconque restaurant mais avec Em’, rien n’est facile. Le plus petit évènement prend des allures de grandes courses, d’expéditions qui font s’emballer son cœur, qui lui apportent un peu la lumière qu’il ne retrouvait plus. C’est familier, c’est presque dérangeant, ça le maintient un peu éveillé, alors qu’il a toujours l’impression de sombrer. Il se dit que maintenant, elle fera à nouveau partie de son quotidien et il n’a pas envie de penser à ce qui peut les rattraper, à la faucheuse qui guette. Il est là comme un voleur, qui grappille quelques moments de bonheurs, qui vole un peu de chaleur, qui s’accroche à quelques sourires, à quelques gestes qui trahissent ses émotions parce qu’il sait qu’il ne sera pas autorisé à voir autre chose. Pas maintenant. Pas tout de suite. Il a posé ses cartes, ne peut pas faire d’avantage. Il doit faire en sorte qu’elle réapprenne à lui faire confiance.
C’est douloureux, non ? Tu n’as jamais connu la trahison, toi. Tu es celui qui fuit. Et pour la première fois, tu dois revenir en arrière.
Ce qui aurait pourtant dû avoir des accents de défaite prend des airs de victoires. C’est un nouveau recommencement, il a sa chance, il l’a saisie. Il ne doit plus la laisser s’en aller, serrer les mains, autour de ce nouveau fil qui les lie, quitte à s’en écorcher les doigts, à repeindre en rouge les murs de sa vie.
« Dis-moi, tu ne vas quand même pas aller la voler… ? »
Il suit son regard, à travers les feuilles, fronce les sourcils. Il a l’impression d’être revenu en arrière, à l’époque où ils étaient encore adolescents et où ils envoyaient voler les convenances pour s’échapper d’un bal, les mains pleines de nourriture, les yeux plein d’étoiles et la bouche pleine de rires. C’est cette fille insouciante, qui l’avait tant charmé à l’époque, qu’il retrouve dans ce regard aux lueurs gourmandes. C’est cette future femme, qui grandissait peu à peu à ses côtés, qui prenait une place trop importante dans sa vie, qu’il a l’impression de revoir, avec une force qui le saisit, qui lui en ferait presque mal au cœur. Il a tellement souvent fermé les yeux pour se la remémorer, pour être certain de ne pas oublier ne serait-ce qu’un trait de son visage, que la revoir, réellement, lui semble étonnant. Parce que le souvenir n’a en rien pâli et qu’il se rend compte, curieusement mélancolique, que ce n’était pas lui qui l’imaginait aussi belle et rayonnante mais qu’elle l’est vraiment.
« C’est ta vengeance ? Tu veux qu’on se fasse attraper comme deux gosses ? »
Une légère provocation, dans sa voix. Silencieusement, il se demande si elle peut encore le faire, la met au défi d’utiliser l’agilité qu’il lui connaît pour un tel butin. Avant, il était toujours celui qui mettait des limites, qui se contentait de fermer les yeux sur els trop grandes liberté qu’ils prenaient. Ce n’était qu’une apparence. Il avait été prêt à repousser les barrières sociales, pour elle, à quitter sa famille sans se retourner. Il avait juste eu besoin d’un peu de temps, pour qu’Alaizabel prenne le relais, pour s’assurer qu’ils puissent s’en sortir sans lui. Il n’avait jamais obtenu le temps nécessaire et la blessure était encore là, à vif. Il le savait, elle seule aurait pu panser ce qui suintait, encore, le sang noir qui s’écoulait de sa bouche toujours entrouverte sur ses sourires. Tout avait volé en éclat et les fragments de sa vie avaient fissuré ses vrais sourires. Il ne restait plus que cet être rouillé, incapable d’aimer quoi que ce soit de nouveau, qui que ce soit de nouveau. Cet homme qui blessait à tour de bras parce qu’il ne laissait plus qui que ce soit entrer dans son armure. Ou qui voulait s’en assurer, en tout cas.
Un regard en coin, vers elle, une inspiration et sa tête qui est doucement secouée. Le pire, dans cette histoire, c’est qu’il la suivrait les yeux fermés. Elle le sait, sans doute mais il n’a pas envie de le vérifier, il n’a pas envie de lui dire, pas comme ça. La notion de fierté prend des ampleurs différentes, avec elle. Il assume tout, sans excès, parce qu’il sait que d’une façon ou d’une autre, elle est aussi dépendante de lui qu’il l’est d’elle, que ce qu’il ne peut retenir, elle ne le retient pas plus et ça le fait un peu sourire.
Tu places trop de choses entre ses mains mais ça n’a pas d’importance. Tu as envie de retrouver l’insouciance d’avant.
Un court moment.
Emraskia I. Karzavosky
"Y a pas à dire, la vie en sauce bolognaise, y a que ça de vrai." ▌ FLEURS ENREGISTREES: 17 ▌ INSCRIT(E) LE: 05/02/2012 ▌ ÂGE: 18
It's showtime, let's Rock! ▌ POUVOIR: Vecteur. ▌ DE QUEL CÔTE?: Indécis ▌ RELATIONS:
Posté Dim 12 Fév - 22:32
Je fixais le met, trop hypnotisée par ma faim, par l’appel de mon estomac, mon nez captant cette odeur alléchante, pour seulement écouter la remarque de Mihael. Finalement, cela me servait, ainsi je ne perdais pas mes moyens face à lui et sa miraculeuse capacité à me mettre en fureur. Cette simplicité même que de succomber à sa faim, était-elle un souvenir en soi ? Une mémoire partagée ? Chaque objet, chaque son, chaque mot me rappelait un souvenir en sa compagnie. Je bloquais tant et tant de choses le concernant, pour ne pas succomber, pour ne pas laisser écrouler toute la construction de mon être, de l’édifice de l’oubli. A chaque parole de sa part, à chaque geste, je sentais les murs de mon impassibilité se fissurer tels de la porcelaine. Rien n’y faisait, je ne pouvais rester de marbre face à ses agissements, face à Mihael en lui-même. Son souvenir s’alliant à cette réalité, à ce présent aux allures d’infini, je ne pouvais que me laisser happer par cette mémoire que j’avais toujours enfermé à double-tour. Oui, je me souvenais de ces jours ensoleillés, où ma fierté mal placée me poussait à avancer sur le chemin que Mihael avait tracé par ses provocations. Je courais, je sautais, j’attrapais tout ce qui me passait sous la main pour ensuite m’enfuir en sa compagnie, dans le jardin, sur une branche, près d’un ruisseau. Oui, je me souvenais du ruisseau, je me souvenais de cette immanquable après-midi où le sucré de la tarte aux pommes volée ne valait pas celui de ses lèvres pâles.
« C’est ta vengeance ? Tu veux qu’on se fasse attraper comme deux gosses ? »
…Hein ?! Je suis sortie de mes pensées, tournant lentement ma tête vers Mihael, plongeant mes yeux glacés dans les siens brûlants. Il veut bien répéter ? Mon cerveau s’enflamma, tout comme mon être, mon orgueil outragé par cette certitude et cette provocation transparaissant dans sa voix. Comment ça on allait se faire attraper ?! J’ai plissé les yeux, gonflée à bloc, m’approchant de lui d’un pas décidé, me retrouvant nez à nez, tandis que je tendais l'index, d’un air décidé, tapant avec sur sa poitrine, tout en crachant ces paroles arrogantes :
« Moi ? Me faire attraper ? C’est sûr qu’avec toi dans mes pattes, je vais avoir du mal. Mais tu vas voir si je vais me faire attraper…Personne ne m’a attrapé, et personne ne m’attrapera. Je vais voler tellement de choses que ton estomac va exploser ! Regardes bien, et attrapes ce que tu pourras, bien que je doute que tu me sois d’une très grande utilité. »
Un sourire machiavélique s’étira sur mes lèvres, j’en oubliai presque ce souvenir douloureux de son départ, j’en oubliais presque notre discussion, cette longue agonie de ma fierté torturée, de ma solitude si infâme. Je lui ai tourné le dos, l’esprit enflammé par ce nouvel objectif. Je me suis mise à courir vers l’arbre dangereusement fragile pour m’y agripper et y monter avec facilité. Mon regard restait planté dans la nourriture laissée à l’abandon, surveillant à peine où je mettais les pieds. L’écorce glissait, mes chevilles tremblaient, je continuais mon escalade, de plus en plus haut, de plus en plus dangereuse pour enfin arriver à mon but.
Mes jambes étaient écartées de telle sorte que je restais stable sur une branche prête à se casser. Je maudissais mes vêtements d’hiver, pas assez amples pour me permettre des mouvements plus sécuritaires, enfin, qu’importe, du moment que je lui fermais son bec à l’autre en bas…Je pouvais bien tomber du troisième étage que je n’en avais rien à faire ! Je me fichais bien des conséquences de mes actes, du moment que je pouvais avoir raison, que je pouvais montrer à cet homme qu’on ne pouvais pas m’avoir, même s’il le savait déjà. Car oui, Mihael sait tout de moi, malgré mon habitude à cacher certaines émotions, il lisait mes pensées tel un livre ouvert, et plus il y arrivait plus il m’agaçait ; je ne voulais pas que l’on m’enchaîne par la connaissance de mon âme.
Afin de me sortir de ces pensées, je suis revenue à la situation, mes jambes tremblant sous mon poids tandis que mes yeux suivaient les mouvements de la cuisinière jusqu’à ce qu’elle quitta la pièce. La provocation me poussa à ouvrir la fenêtre après avoir jeter la tarte vers Mihael, sans me soucier qu’il la rattrape ou non. S’il réussit, tant mieux, on aura de quoi manger. Sinon, il se la prend en pleine poire, et je pourrais rire de lui, ce qui est très bien. Dans les deux cas, je gagnais, cela me rasséréna.
Je me suis engouffrée dans la pièce après avoir refermé la fenêtre, contrôlant ma respiration, mes oreilles guettant le moindre bruit significatif du retour de l’habitante. Je me suis allée à sentir le doux fumet des plats en train de chauffer, marchant silencieusement jusqu’au frigo. Mon cœur battait fort, mes yeux scintillaient, l’adrénaline se précipitait dans mes veines dans des allées et venues terrifiantes. C’était cela que je recherchais, n’est-ce pas ? La prise de danger. Oui, je me sentais vivante, et surtout libre. Terriblement libre de faire ce que je voulais sans que l’on ne m’attrape. Libre d’oublier tous mes soucis par cet instinct, ce désir illicite de frôler la course poursuite, les pièges, les balles et parfois même la mort…J’étais définitivement tarée.
J’ouvris le frigo dans un silence de plomb, écoutant à peine la discussion téléphonique qu’entretenait la cuisinière. L’appareil était plein, j’avais le choix, surtout au niveau des pâtisseries et de la viande. Je pris la liberté de prendre mon temps, choisissant des plats surtout à base de fruits et enfin une épaule de bœuf pour Hydrachkya. A la pensée de la panthère, je me souvins des paroles de Mihael et grommela. Il m’agaçait, il m’irritait à appeler « bestiole » le seul ami cher à mon cœur, le seul être qui ne m’ait jamais trahi…J’ai serré les poings, mon regard devenant glacé et assassin. Je n’entendis que trop tard la femme revenir dans la pièce et commencer à hurler.
Mes pieds me menèrent immédiatement vers la fenêtre, mon sang ne faisant qu’un tour. Une poêle brûlante brisa cette dernière, les morceaux de verre tombant dans le sol herbeux, frôlant de peu ma joue. Les poches pleines, j’ai commencé à sauter sur la branche de l’arbre, un sourire joueur aux lèvres. J’ai débuté mon lançage de nourriture vers Mihael, lui hurlant d’un air fier :
« Ha ! Qui sait qui s’est fait attrapé ?! Je te… »
Je n’eus pas le temps de terminer ma phrase qu’une casserole assez bien envoyée se fracassa contre l’arrière de mon crâne, me déséquilibrant. Mes pieds glissèrent de la branche qui finalement se brisa. J’ai écarquillé les yeux, mes pupilles se rétrécissant pendant ma chute. Malgré ma démarche féline, je n’étais pas un chat, je ne savais pas retomber sur mes pattes, mais il était certain que je ne pouvais pas mourir d’une telle hauteur, j'aurais seulement avoir quelques blessures. Ma main tenta de s’agripper à quelques branches, les arrachant au passage pour ralentir ma chute, tandis que l’autre protégeait la viande, comme la prunelle de ses yeux. Cette nourriture était pour Hydrachkya, et une viande en mauvaise état pour le félin, n’était pas une viande…
Je souris en pensant à mon atterrissage ; aucun doute que j’allais un peu me blesser, mais juste un ou deux bleus, au pire une côte cassée et ce n’était guère grave. Mon dos se fracassa au sol, je sentis quelque chose se planter dans ma chair ; je n’avais pas pensé aux quelques bouts de verre de la vitre mollement tombés dans l’herbe. Mais il ne s’agissait pas de ma préoccupation première. Le souffle coupé, je me suis relevée, l’adrénaline m’empêchant de penser à la douleur, m’ordonnant de courir encore et encore pour me mettre à l’abri des lancés d’appareils ménagers. Un sourire aux lèvres, je suis passée devant Mihael, sachant qu’il allait me suivre. Je me suis arrêtée quelques minutes plus tard à l’extrémité du parc, essoufflée au point de laisser mon épaule s’adosser à un arbre, tournant le dos à Mihael, dont je sentais irrémédiablement la présence. C’était comme si j’avais un radar dans la tête, je connaissais son emplacement exact, à chaque instant, dès qu’il s’approchait de moi. Je le savais là, à quelques mètres, peut-être moins, debout et légèrement essoufflé. Je m'agaçais à ainsi savoir ce genre de choses, je m'agaçais à me dire que finalement la porte de mon coeur ne semblait jamais complètement close.
Je me suis retournée pour lui faire face, un sourire victorieux sur les lèvres, lui montrant la viande d’un air triomphant :
« La viande pour ma « bestiole », comme tu oses l’appeler. »
Je repris mon air impassible malgré ma respiration assez poussée par la course. Oui, bestiole. Un animal sauvage pour beaucoup, un animal sans scrupules qui tuerait quiconque s’approcherait de lui. Pourtant, Hydrachkya avait été là, il avait toujours été là. Qu’importe mes caprices, qu’importe ses douleurs, la panthère n’avait jamais cessé de me supporter, de rester à mes côtés. Il valait bien mieux que beaucoup d’autres, et lui au moins, oui lui, il ne m’avait jamais abandonné…A ce souvenir, mes yeux redevinrent de glace, mon sourire disparaissant, mon orgueil lacérant les souvenirs de vol, de joie, de tout bonheur passé avec Mihael ; il n’y avait que celui du dos tourné, du sang coulant de mes lèvres tant je les mordais pour ne pas pleurer.
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Posté Ven 17 Fév - 22:02
Fuites en avant. Le sang qui coule ne pourra jamais être récupéré.
Parfois, il oubliait. A quel point Emraskia était imprévisible, à quel point il pouvait être difficile de la suivre. Il effleure sa silhouette du regard, regarde ses gestes sûrs alors qu’elle grimpe et recule déjà d’un pas, méfiant. Il assiste à toute la scène, vaguement impuissant en se retenant de lui rétorquer qu’il lui avait dit, que c’était une mauvaise idée et qu’elle va se faire mal. Mais il n’a pas le temps de faire quoi que ce soit si ce n’est de courir à sa suite, vaguement stupéfait alors que pourtant, une péripétie de ce genre ne devrait en aucun cas l’étonner. Sa respiration se fait plus courte et il s’arrête quand elle le fait, jette un vague coup d’œil derrière lui pour remarquer que personne ne les suit et que tout va bien, maintenant.
Ses paroles lui font doucement froncer les sourcils et il sent le ressentiment, toujours là, cette haine refoulée. Ça lui coupe la respiration, mais c’est toujours là, entre eux et il sait qu’il n’aura droit qu’à des trêves, à des courts moments de répit jusqu’à ce qu’il puisse regagner sa confiance.
Mais le pourrais-je vraiment un jour, Em’ ?
Il la regarde, songeur, sans se presser, baisse parfois les yeux sur son butin. Elle a été prête à prendre ce risque pour la panthère, à tout envoyer s’envoler pour un morceau de nourriture alors qu’elle a de quoi nourrir des régiments entiers chez elle. Il s’interroge, se demande un instant s’il a déjà été capable, lui, de tout laisser de côté pour s’élancer vers une récompense gagnée par soi-même, pour le désir de la liberté, pour l’envie de ravir quelque chose par soi-même.
Les yeux assombris, il se rapproche d’elle pour poser une main sur son épaule et observer ses plaies, visibles même à travers ses vêtements. Un contact direct, elle le prendra peut-être mal mais ce n’est pas bien important. « Tu es blessée. »
Une constatation, une affirmation à double-sens. Il se demande s’il parle de la blessure physique ou celle, mentale, qu’il lui a lui-même infligée. Le souffle coupé, il décide qu’il ne veut pas savoir et que la culpabilité ne devrait pas apparaître, pas maintenant, pas comme ça alors qu’il veut se racheter. Il n’ose pas vraiment croiser son regard. Pour la toute première fois, il y a une hésitation, comme une prise de conscience et il serre les dents pour s’empêcher de parler, de laisser sortir hors de lui, une fois de plus, des mots sans réels sens mais qui seraient là pour l’apaiser. Il n’aura plus jamais cette place-là, celui qui peut lui offrir un peu de sérénité, celui sur qui elle peut se reposer en toute confiance, sans crainte de trahison. Il s’efforce d’attraper ce qu’il peut rester de sa place d’avant dans son cœur, dans sa vie. C’est difficile et il a l’impression de s’écorcher les doigts, de l’écorcher, elle. Il n’est plus autorisé à vouloir la soigner mais pourtant pourtant, il le voudrait tellement. Faire partir cette ombre de son regard, sécher le sang sur sa peau, chasser toute douleur. Ne plus la voir ainsi, à cause de lui, à cause de quelqu’un d’autre, peu importe, peu importe.
« Tu devrais soigner ça au plus vite. »
Il n’ose pas lui demander de le faire, n’ose pas lui proposer de soigner ça chez alors qu’ils sont dans la cité extérieure. Elle le prendrait mal et il le comprendrait, il a déjà dépassé certaines limites. Il ne peut s’empêcher de détourner les yeux de sa taille, là où un peu de sang a coulé, là où il devine les bouts de verre. Elle n’arrivera pas à tout retirer seule et il sait que sa présence n’est pas étrangère à sa blessure. Son visage ne montre rien de sa souffrance, pourtant et il a envie de sourire parce qu’il la reconnaît, ainsi, parce que c’est tout à fait elle, de ne rien montrer et il sait qu’elle en a vues d’autres, qu’elle a l’habitude si ça en vaut la peine, elle ferait même pire.
« Je ne doute pas que pour toi, me montrer que j’ai tort et rapporter quelque chose à Hydrachkya ait de la valeur mais tu ne peux pas rester dans cet état ou ne serait-ce que penser à rentrer comme ça. »
Sa voix est froide, méthodique. Il est bassement terre-à-terre, de façon assumée ou peut-être qu’il veut simplement passer à autre chose pour ne pas ouvertement reconnaître son erreur. Un peu de mauvaise foi, il peut se le permettre, après tout. Il regarde autour d’eux, ennuyé. « Je peux aller t’acheter de quoi te soigner et faire un bandage correct, la place du marché est à deux pas. »
Il la regarde à nouveau droit dans les yeux, conscient qu’elle ne lui félicitera pas la tâche. Mais il n’a pas l’intention de la laisser faire un pas de plus dans son état. L’idée des bouts de verre qui déchirent la peau foncée, des côtés peut-être mal en point… Il s’empêche de frissonner, se demande s’il ne devrait pas l’emmener au quartier général pour la soigner mais se rend compte que ce serait de la folie. Pour lui, pour elle. Et l’idée d’être emmenée dans un hôpital la rebuterait. Il sait que si elle décide de faire un effort, le minimum serait de panser ce qu’ils peuvent maintenant pour pouvoir s’envoler, à nouveau, et s’occuper d’elle par elle-même.
Tu restes insaisissable, Emraskia alors que pourtant, je sais bien que j’ai été l’une des seules personnes à vraiment pouvoir t’approcher. Retrouver ce qui m’avait manqué, ces derniers temps, c’est un peu douloureux. Parce que je me demande si je pourrai vraiment le retrouver.
Il a l’impression que chaque pas est un pas en arrière, qu’il ne peut rien faire pour vraiment la saisir. Chaque respiration, chaque mot, c’est comme s’il s’éloignait d’elle alors qu’il cherche à la rattraper, à faire autre chose que du surplace. Il se fait l’effet d’un spectateur, enfoncé jusqu’au cou dans un piège qu’il aurait lui-même tissé. Le sentiment d’abandon, la tension, tout tremble entre eux et il voudrait pouvoir briser cette épaisse couche d’indifférence. Mais il n’a pas les outils, elle ne lui donne pas, se dérobe, au contraire. Accepte une chose pour mieux lui jeter son indifférence au visage. Fait un pas pour rebrousser chemin et s’enfuir en courant. Et lui, ne peut rien faire, ne veut rien faire, en fait. L’obliger à voir la réalité en face, à assister à ce qu’il est devenu, à voir sa déchéance dans toute son étendue, ça le ferait fuir. Irrémédiablement. Il n’a plus rien, rien et même si elle n’accorde pas d’importance à ces choses-là, il ne peut s’empêcher de se dire qu’il a tout raté, que rien n’est retrouvable et qu’il la perdra, à nouveau, parce qu’il ne lui reste que sa propre carcasse, vide de vie, une coquille qui a perdu la lueur qui l’allumait mais qui se consume encore de la passion du passé, du sentiment qu’elle avait éveillé chez lui. C’est l’un des seuls feux qui restent encore allumés, dans son esprit où se côtoient les ombres et les regrets.
« Je me doute bien que tu ne resteras pas là à attendre, en fait... »
Il s’empêche de se frapper, écarquille les yeux et se mord la lèvre. Pourquoi ses mots doivent-ils toujours être si maladroits, prendre un autre sens ou plutôt, se diriger toujours vers le même sens, vers la même plaie à vif, alors qu’il veut seulement qu’ils oublient un peu ? Il secoue la tête, dépassé par ses propres mots et réactions et décide de poursuivre. Avant que tout n’explose, avant qu’elle puisse s’enfuir, à nouveau.
« … alors tu viens ? Tu n’auras qu’à garder ma veste pour cacher les blessures. Même si tu auras trop chaud et que tu n’aimes pas ça. »
Un sourire légèrement moqueur et il recule un peu, à distance rassurante, pour l’empêcher de le frapper ou de le faire taire d’une quelconque manière. Son regard est sérieux, pourtant. Il l’a dit.
Il ne la laissera plus jamais être blessée.
Emraskia I. Karzavosky
"Y a pas à dire, la vie en sauce bolognaise, y a que ça de vrai." ▌ FLEURS ENREGISTREES: 17 ▌ INSCRIT(E) LE: 05/02/2012 ▌ ÂGE: 18
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Posté Sam 18 Fév - 18:14
Tu crois que je ne vois rien ? Idiot. Mes yeux captent la moindre émotion te traversant, si seulement l’une d’elle pouvait ne pas être aussi poussiéreuse et imbécile. T’es qu’un idiot, Mihael, et c’est assez drôle de te voir te dépêtrer de tes mots. Je suis peut-être la seule à en rire, mais ça vaut mieux qu’en pleurer, non ?
Sa main sur mon épaule attisa cet habituel ressentiment, cette constante envie de s’éloigner, et de montrer sa rancœur. Je n’étais soumise à aucun bonheur, ni à aucun malheur, seulement son geste ravivait trop de souvenirs, remuant le fluide constant d’émotions et de sourires. Mais pas de larmes, non, jamais…de larmes. La fierté prend une couleur rouge, l’espoir devenant étrangement azurée. C’est trop pour moi, cette chaleur traversant mon corps, émanant de ta main, contaminant ma tête, mes pensées et tout ce qui me compose. J’ai envie de la mordre, j’ai envie que tu t’éloignes et en même temps, je souhaite qu’elle reste là, cette paume rassurante, ces doigts fins, j’aimerai qu’elle reste là, et ça me frustre. Oui, ça me frustre de me dire que je n’arrive pas à choisir entre te donner ma confiance, et te faire souffrir comme tu m’as fait souffert. Je reste là, j’attends, j’ai peur d’avoir mal, j’ai peur de ne plus pouvoir me dépêtrer de ton souvenir, j’ai peur de ne plus pouvoir embrasser cette liberté et ses éternelles couleurs chatoyantes. Je ne veux plus d’un monde en noir et blanc, je ne veux plus souffrir d’une absence, alors je reste là et j’attends. Mais plus le temps passe et plus je sens que la barrière que j’avais construite se brise, ne me donnant plus le choix. J’en ai marre. J’en ai ma claque d’avoir peur, de mon stupide égoïsme. Pourtant penser à soi, c’est faire le bonheur de notre entourage, non ? Non…
Je l‘ai fixé, je sentais que ça montait. Je sentais que j’avais envie de le frapper. Je sentais que j’avais envie de rire. Les deux se mélangeaient, je ne comprenais pas pourquoi je me mettais dans ces états. J’ai posé la nourriture sur un banc non loin, tentant de me calmer en évitant son regard rougeâtre. Sa réaction m’énervait. La mienne aussi. En fait, tout m’énervait. La douleur dans mon dos s’intensifiant petit à petit, sa voix trop calme face à mon état et le fait que je baissais les yeux. Qu’est-ce que j’aurais aimé ? Qu’il se mette en colère ? Qu’il m’injure pour ma connerie ? Je recherchais quoi, au juste ? L’envie d’adrénaline, le danger, peut-être son attention au fond. Ca m’énerve, putain, ça m’énerve !
Au fond, je le savais, j’avais envie de le voir souffrir un peu, d’inquiétude, je ne sais pas, juste souffrir. Lui faire ressentir le dixième de ce que j’ai subi, en son absence. Je suis idiote. Terriblement idiote. Ou plutôt égoïste. Oui, égoïste car j’aimerai le voir libérer un peu d’émotions, j’aimerai qu’il me fixe avec fureur et qu’il m’ordonne de ne plus jamais faire ça. Et là, je lui aurai souri d’un air sadique, en ricanant que je recommencerai autant de fois que je le voudrais. Mais au lieu de ça, il baisse ses yeux trop sanglant, il les baisse et il me dit ces mots, d’un air stoïque, comme un hypocrite. Ca m’arrache un sourire, au final, un sourire ravi et en même temps peiné, comme si je m’y attendais…J’ai vraiment envie de tout plaquer, tellement ça m’énerve, tellement il m’énerve. Pourtant je ne le veux pas, je le sens au fond, je n’ai pas envie de le laisser et cette opposition de désirs me frustre atrocement, me donne envie de le frapper et de l’enlacer, de le tuer et de l’aimer, avec conviction, haine, mépris et admiration.
T’es trop chiant, putain. Sors de ma tête, arrêtes de t’y enraciner, sinon je crois que je vais me sentir mal, très mal.
« Je me doute bien que tu ne resteras pas là à attendre, en fait. »
Je sentis un flot de ressentiments se propager dans ma gorge, empoisonnant mon cœur, faisant trembler mes mains, piquant mes yeux, un agacement presque trop passionné, une envie de meurtre et en même temps un infime espoir enterré sous le même souvenir, la même mémoire. Rien n’y faisait, dès que je me rappelais de lui, d’un moment de bonheur en sa compagnie, celui du dos tourné l’effaçait, le propulsait hors de mon champ de vision pour me lacérer encore et encore, jusqu’à ce que je laisse rugir ma fureur, jusqu’à ce que je fuis ces instants, pour mieux les oublier.
Je le fixais, impassible. Pourtant, je sentais une étrange euphorie m’habiter. Oui, j’ai envie de rire. Combien de fois avais-je vu cette mimique sur son visage ? Combien de fois l’avais-je observé écarquiller ses yeux couleur rubis et mordiller sa lèvre ? Je ne savais plus, mais je riais toujours intérieurement de cette façon de procéder, de ces mots ancrés dans ce visage pâle ; « Merde, j’en ai encore trop dit, des conneries en plus. ». J’ai toujours trouvé ça drôle, de le voir un peu embarrassé malgré son éternel cynisme. Mais je me retiens, par orgueil. Je ne veux pas partir d’un fou rire habituel, pour détendre l’atmosphère, comme avant. Tout ce que je sais, c’est que ses paroles m’agaçaient, me donnaient envie de le frapper, car je voyais bien le sous-entendu.
Non, je n’attendrais pas, mais je ne viendrais pas non plus, ai-je envie de lui rétorquer d’une voix glaciale. Pourtant, je me rends compte. Oui, je me rends compte à quel point il a changé. Je n’arrivais pas à trouver mes mots, je le fixais dans les yeux, impassible, la bouche légèrement tremblante. D’émotion ? De fureur ? De haine ? De tristesse ? Qu’est-ce que j’en sais moi ? Je ne veux surtout pas connaître la raison de ce tremblement, il m’embêtait plus qu’autre chose. J’ai serré les poings.
Jusqu’alors je ne l’observais pas vraiment, je ne l’évaluais pas de peur d’en trop montrer, de peur de succomber. Mais là, je le fixais et je voyais bien qu’il avait changer. Je voyais toujours le monde en couleurs, mais lui, comment le voyait-il ? Je pensais trop à moi pour seulement m’en soucier. Lui, il s’occupait toujours de moi, de savoir comment j’allais réagir, si j’allais souffrir. Moi, je me fichais bien de ce qu’il pourrait ressentir, sauf si c’était pour me venger, évidemment. Je me mordis la lèvre, férocement, presque à sang pour contrôler ce flot de fureur puis passa une main nerveuse dans mes cheveux, ravivant légèrement la douleur dans mon dos. J’ai tenté de me concentrer sur le sang coulant sur ce dernier, sans résultat. Tandis que je voyais le monde en couleurs, Mihael le percevait en noir et blanc. Un noir trop noir. Un blanc trop gris. Il y avait encore quelques couleurs usées par le temps, qui arrivaient à survivre malgré l’obscurité se développant. Aurais-je la prétention de dire que je fais partie de ces couleurs ? Oui. Je suis celle qui a le choix de repeindre son univers aux tonalités que je souhaite. En rouge, en rose, et même en noir, je pouvais même le gommer, le briser, pour mieux le détruire, cet amour du passé, cet amour du présent ?
J’ai juste envie de courir. Tu places trop de choses entre mes mains, Mihael. Et les responsabilités, ce n’est pas mon truc, vraiment pas. Je veux juste les fuir et retrouver un peu d’insouciance. Car d’un côté, j’ai le choix entre te briser en te rejetant, et de l’autre t’accepter et peut-être souffrir une nouvelle fois. Je n’aime pas quand le futur est brumeux, je n’aime pas ce dilemme abusif…C’est du chantage, et je n’ai jamais aimé ton chantage !
J‘ai soupiré, agacée par mon égoïsme, agacée par sa putain de manie à revenir au même sujet. Je n’ai plus envie de rire. Je n’ai plus envie de penser à autre chose qu’à moi-même. J’aimerai le tuer, le raviver, et le voir ainsi ne fait qu’amplifier cette sensation brulante, cette émotion m’empoisonnant de toute part. Honnêtement, je souhaiterai lui tourner le dos et ne pas répondre, car je sais que je ne pourrais pas répondre, je sais que ma fierté m’obligerait à dire des choses que je regretterai. Pourtant, au fond, je n’ai jamais aimé le voir dans cet état…Je suis vraiment trop idiote, nom de Dieu.
Après ce lourd silence, je pris un pain au raisin d’un air blasé dans ma poche et joua avec, m’approchant de mon éternelle démarche vers Mihael. J’ai posé ma main sur son épaule, me retenant de le gifler, me retenant de caresser sa joue, restant impassible, mélangeant le rouge rubis au bleu saphir. Puis, un mauvais sourire étira mes lèvres tandis que je lui ai enfourné brutalement le pain au raisin dans la bouche…Vous auriez préféré une gifle peut-être pour me calmer ? Bah moi aussi !
« Arrêtes de faire cette tête, on dirait un chiot abandonné ! »
Je l’ai regardé, énervée par sa réaction, énervée par ses mots, énervée par mes propres pensées. Je me suis assise en tailleur sur le banc, cachant mes émotions derrière un visage ennuyé, commençant à ouvrir une boîte de biscuits, tout en m’arrachant ces mots de la gorge.
« Je vais t’attendre là. Va te rendre utile en allant chercher des bandages, je ne bougerai pas d’ici, je ne disparaitrais pas. Ah, et donnes-moi ton manteau, je vais peut-être avoir froid et un peu mal…Et plus vite que ça !»
Je m’occupais les mains en jouant avec la nourriture pour couvrir mes tremblements, pour retenir cette envie de me frapper, à cause de ma propre bêtise. Je mis le biscuit entre mes lèvres, m’accoudant d’un air ennuyé sur un de mes genoux, tendant l’autre main pour recueillir le manteau, fuyant son regard. A chaque fois, je ne pouvais pas ne pas montrer un peu de compassion, un peu d’envie. J’aimerai lui refaire confiance, pourtant je n’y arrive pas, je pense bien que je n’y arriverai jamais. Mais je le souhaite, en mon for intérieur. Alors je réponds, je me cache et retournes la situation, pour ne pas tomber, pour ne pas faiblir. Cependant, je ne peux pas m’empêcher de lui dire ces mots, d’utiliser ces mêmes sous-entendus, de tenter sans réellement tenter en lui tendant la main. J’avance, il reste sur place, qu’il pense. Je me maudis de ma faiblesse en l‘aidant à se relever, que je m’imagine. C’est vrai quoi ! C’est chiant tout ça, c’est frustrant et désobligeant d’utiliser cette technique pour me tromper…Rah…
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Posté Mer 14 Mar - 12:39
Tes blessures, elles brillent, elles s’enflamment. Elles se concentrent au même endroit, à la même douleur sourde.
Il étouffe un rire moqueur, retire négligemment sa veste pour la poser sur ses épaules. Ça lui semble un peu bizarre, trop familier. Ça lui semble un peu enfantin, comme deux gosses qui ont fait une connerie, qui vont aller réparer les pots cassés et qui se prêtent leurs affaires en se vannant sans pouvoir s’en empêcher. Ça lui semble trop facile, en fait, c’est injuste et il sait qu’il n’a pas le droit de se sentir satisfait, heureux peut-être, d’être avec elle, là, maintenant, même dans cette situation. Il essaie de ne pas y penser, il essaie de se mettre quelques nuages noirs dans la tête mais c’est pas possible, non, non, c’est insoutenable et ça brille un peu, un putain de morceau de ciel bleu arraché et il sait qu’il en aura les mains pleines de sang et le cœur plein d’un bonheur factice. Mais ça suffit, largement. Face au simulacre de vie qu’il mène depuis un moment déjà, tout ça, c’est juste un bol d’air frais et ça lui fait mal à la gorge, parce qu’il s’est trop habitué à respirer les souffles corrompus et corrosifs de sa déchéance.
« T’as l’air d’une gamine, comme ça. »
Il ne peut pas s’en empêcher et un léger sourire se place sur ses lèvres, les étire et ses yeux brillent, juste un peu. Il s’empêche de lui ébouriffer les cheveux parce qu’elle le prendrait mal et que c’est sûrement la dernière chose à faire, surtout maintenant. Évidemment, ce n’est pas de sa faute, sa blessure, sa chute, il n’a rien fait, concrètement mais il préfère ne pas tenter le diable. Simple précaution, Emraskia ne s’est jamais embarrassée de futilités pour l’accuser et il est bien obligé de reconnaître que la plupart du temps, il était en tort.
Parce que j’en ai fait, des conneries, pendant tout ce temps. A la pelle, elles tombent comme des briques sur ma vie. Je crois que parfois, ça fait une prison, un mur insurmontable. Moi, je veux le gravir pour voir au-delà, à nouveau. Dis-moi, dis-moi. C’est aussi ça, ta liberté ? Tourner le dos à ces ruines pour aller au-delà ?
Il se détourne, s’esquive un peu avant qu’elle n’ait le temps de lui faire regretter ses paroles. « Je reviens vite. »
Je reviens. Vraiment, vraiment. Je suis revenu, pour de bon. C’est un peu ça, ce qu’il dit, ce qu’il voudrait dire. C’est limpide et il ne se donne pas d’autre choix parce que c’est ce qu’il veut, vraiment. Il se sent confiant, en lui-même, pour la première fois depuis longtemps. Il a moins l’impression de flotter dans le néant, d’essayer de saisir ce qui s’enfuit. Il a moins l’impression d’être à la dérive, de regarder s’échouer les heures et faner les vies, sans savoir faire autre chose que prêter sa voix à cette sinistre réalité. Le dos tournée, il fait un signe de main négligent avant de presser le pas pour retourner sur la place du marché et aller chercher ce qu’il faut.
…………………………………
« Des bandages ? Vous avez des blessés ? »
Le regard scrutateur de la jeune fille le transperce et Mihael lui offre son sourire le plus serein, passe une main négligente dans ses cheveux. Il se penche un peu vers elle, le regard fermé. « Non, je tiens simplement à faire ma réserve personnelle, mademoiselle. Je vis avec une personne qui revient souvent en charpie à la maison, à cause de son travail. Ce serait dommage d’être à court de matériel pour la soigner, non ? » Elle bafouille un peu, elle cherche ce qu’il lui demande et revient vite avec les précieux bandages, l’air un peu gêné. Ils ont l’habitude, ici, de se voir demander des affaires pour des buts qu’elle n’a pas vraiment envie de connaître. Elle sait, confusément, qu’elle vend parfois des choses à des gens qu’elle ne devrait pas côtoyer, mais faire le tri entre eux et le reste devient de plus en plus difficile. Elle résiste à l’envie de lui demander ce que fait cette personne, juste pour en avoir le cœur net. Il semble le remarquer et lui offre un sourire éblouissant.
« Il est boucher. »
Il retient un tremblement amusé en notant qu’elle a pâli et que le métier, justement choisi, n’a pas manqué de l’inquiéter et d’éveiller davantage ses doutes. C’est une façon de se calmer comme une autre et de se détendre en menant en bateau une pauvre femme qui doit sans doute en baver, ici. Il n’a pas vraiment le choix, c’est pour la bonne cause. Elle remarque qu’il se moque d’elle, depuis le début, et lui répond avec une certaine raideur. « Dites-lui de faire plus attention et de moins se blesser, alors. »
Il hoche la tête, distrait, prend le paquet qu’elle pose sur le comptoir et s’en va, se fond à nouveau dans la foule.
Je lui dirai peut-être, un jour. C’est ce que je veux aussi. Des blessures, je ne lui en infligerai plus, non ?
…………………………………
Son pas est pressé, quand il revient dans le parc et il avise rapidement le banc sur lequel repose la silhouette élancée. Il regarde autour de lui, plus par automatisme que par réel besoin et se rassure en voyant qu’il n’y a personne. Les mètres s’écoulent rapidement et il s’assoit à côté d’Emraskia, pose le paquet sur le banc, silencieux d’abord.
« J’ai fait aussi vite que j’ai pu. »
Il essaie d’avoir l’air léger, de ne pas montrer d’inquiétude. Il essaie de se rassurer et de faire taire les battements désordonnés de son cœur. Il crevait de trouille, littéralement. Parce qu’elle aurait pu en profiter pour s’enfuir. Parce qu’elle aurait pu tout lâcher, là, tout de suite mais qu’elle est là et c’est ce qui compte. Sa main ne tremble pas quand il sort la petite bouteille d’alcool et le coton. Il sait que les bouts de verre doivent la faire souffrir, il sait que ce n’est pas pire qu’autre chose, en fait et c’est ce qui le blesse le plus. Autant ne pas y réfléchir. Autant se contenter de voir ce qu’il a sous les yeux, sans penser à ce qu’il se cache en dessous parce que c’est ce qui brûle vraiment. Il attrape la manche de sa veste, toujours posée sur ses épaules et se penche un peu vers elle, essaie de voir son expression, de déterminer si elle aura la patience de le supporter jusqu’au bout et si elle n’a pas simplement envie de l’envoyer balader. Ce doit être le cas, depuis le début. Ils se contiennent, d’une certaine façon, tous les deux et c’est risible et c’est rassurant.
Mais en attendant, il n’est pas plus avancé.
« Je peux ? » C’est un souffle, alors qu’il retire sa veste, voit les dégâts faits à ses vêtements, là où le sang les macule. Il n’ose pas vraiment la toucher. Pas avant d’avoir eu son accord. C’est stupide, il sait bien que la toucher, ça n’a jamais été un problème, par le passé. Il sait que les gestes, la proximité, tout était là mais que ça a volé en éclat. Il n’est pas présomptueux au point de s’avancer à ce point, il ne veut pas qu’elle se braque. Il sait qu’il devra être prudent, toujours, toujours, de peur qu’elle ne s’en aille, qu’elle ne lui fiche un couteau en plein cœur avant d’en emporter les fragments au loin. Mais la situation présente le gêne, un peu. Il n’y a pas d’autre choix, il sait qu’elle ne peut pas soigner un dos blessé seule. Il n’y a que lui, elle devra s’en contenter.
Son sourire est un peu amer et il ne se rapproche pas davantage. Il est là, tout près. Sans la toucher. Juste là, tout proche, il suffirait d’un geste qu’il n’amorce pas. Pour une fois, ce n’est pas sa lâcheté qui est en cause. Pour une fois, ce n’est pas l’une de ces fuites dont il a l’habitude. Pour une fois, il pense à quelqu’un d’autre et il sait que c’est rare mais c’est là, c’est pour elle et ça a toujours été le cas. Il peut se permettre parfois quelques comportements plus disciplinés et compréhensibles, entre toutes ses faiblesses et tous ces problèmes qu’il crée.
C’est déroutant, cette situation. Je sais que même si je soigne cette blessure, que je nettoie le sang qui strie ta peau, ça ne voudra pas dire que je peux soigner le reste. Avec toi, tout se lie, Emraskia et tous nos gestes prennent le même sens, tous nos mots mènent à la même finalité.
C’est ce qu’il veut changer, oui. Mais il ne peut pas en faire davantage. Il sait que le reste, tout dépend d’elle. Tout se raccroche à ses fêlures, à ces maux qu’elle s’est infligés et qu’il lui a lui-même infligés. C’est à elle d’accepter, de le vouloir. Qu’il la soigne, qu’il répare ce qu’il a brisé.
Se retrouver, se regarder, te haïr plus que t'aimer dans ce souvenir d'été || Mihael (reprise)
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